L’infection de l’homme le plus puissant du monde pourrait bien conforter les électeurs américains dans leurs positions et préjugés. Et n’avoir ainsi aucun impact sur le résultat du vote du 3 novembre prochain.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Les réactions ont fusé de toutes parts, hier, après l’annonce du diagnostic positif de Donald Trump. On a ainsi pu entendre une chose et son contraire.

Certains considéraient cette infection en haut lieu comme une grande surprise, d’autres s’y attendaient.

Certains souhaitaient du mal à Trump, d’autres s’offusquaient qu’on tire sur l’ambulance, peu importe qui s’y trouve.

Certains prédisaient une « défaite certaine » du président dans les circonstances alors que d’autres étaient convaincus qu’il finirait par profiter de la situation.

Et si, au contraire, ça ne changeait rien ?

Et si l’infection à la COVID-19 de l’homme le plus puissant du monde, ralenti en plein sprint final d’une campagne imprévisible après avoir minimisé la menace du virus qui a fini par le rattraper… ne changeait absolument rien à l’issue du vote de novembre ?

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Bien sûr, le diagnostic positif de Donald Trump aura, en soi, des répercussions. Sur le terrain, sur la Bourse, sur la dynamique politique partisane, sur le sort de milliers de personnes qui auront croisé son chemin ou celui de son entourage.

Pensez-y : l’homme a visité pas moins de sept États ces derniers jours. Et des témoins qui l’ont aperçu jeudi à son club de golf, lors d’une collecte de fonds, ont raconté qu’il avait été en contact avec une centaine de personnes… alors qu’il était léthargique. Et sans masque.

PHOTO SAUL LOEB, AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump, jeudi à la Maison-Blanche

Mais si on s’attarde au scrutin prochain, au choix que feront les électeurs et au vainqueur de la course, l’impact pourrait bien être minime, voire négligeable (si le président sort indemne de sa convalescence, évidemment).

Oui, Boris Johnson a peut-être profité momentanément de sa situation en avril dernier. Mais attention avec les comparaisons, nationales ou internationales.

Car le cas Trump est unique.

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D’abord, l’homme est un abonné des coups de théâtre. Un de plus ou un de moins dans un mandat qui en a compté des centaines pourrait bien faire peu de différence. Y a-t-il encore quelque chose qui peut surprendre les Américains ?

Ensuite, la campagne (y compris les conventions) a peu fait bouger les sondages depuis le printemps.

Des millions d’Américains ont déjà voté, par la poste ou par le vote par anticipation.

Et le nombre d’indécis est très bas à 31 jours du scrutin.

Autrement dit, le Jell-O semble figé. Surtout après ses gaffes et ses revers du dernier mois (impôts limités à 750 $, soldats qualifiés de « losers », débat chaotique et propos sur les suprémacistes blancs), qui renforcent partisans et opposants.

Or, cette dynamique risque d’être renforcée par le diagnostic du président, surtout s’il sort indemne de sa quarantaine. Ceux qui haïssent l’homme verront une confirmation de leur jugement… et ceux qui l’aiment salueront sa force, voire sa prétention qu’il s’agit d’une simple grippe.

D’ailleurs, vendredi, les réactions à la nouvelle du jour suivaient les lignes de fracture entre habituels partisans et opposants de Trump.

Un contexte extrêmement polarisé, donc, qui laisse croire à peu de mouvement électoral.

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Vrai, Donald Trump pourrait pâtir d’une pause de sa campagne au moment où il multipliait les rassemblements dans les États-clés. Mais il y a fort à parier que le diagnostic du président sera un drapeau rouge pour toute la classe politique. Et, donc, que Joe Biden aussi ralentira sa campagne sur le terrain.

Vrai aussi, Biden pourrait profiter d’une nouvelle qui confirme encore un peu plus l’inaptitude du président à gérer la crise sanitaire. Mais ce dernier pourrait, également, profiter d’une sympathy surge, comme disent les Américains. Un poussée de sympathie.

Bref, il est bien difficile de voir comment un diagnostic positif qui ne nous apprend rien qu’on ne savait déjà sur l’homme, et qui conforte chacun dans ses positions et ses préjugés, pourrait influencer l’issue du vote de manière significative.