On comprend que le gouvernement devait tracer la ligne quelque part. Mais on cherche la cohérence des mesures imposées dans les régions qui sont passées en zone rouge.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

On comprend que le gouvernement avait des choix difficiles à faire.

On comprend qu’il fallait bien tracer la ligne quelque part.

On comprend que peu importe la décision prise, elle allait provoquer des mécontents.

Mais on cherche néanmoins la cohérence des mesures imposées dans les régions qui sont passées en zone rouge.

On peine à saisir, surtout, pourquoi on a sacrifié « la culture » au grand complet.

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À la base, disons-le d’emblée, il est tout à fait justifié que le gouvernement Legault ait décidé de miser sur un « confinement social » cette fois en lieu et place d’un confinement total, comme pour la première vague.

Le problème à l’heure actuelle, c’est en effet la transmission communautaire, et donc, les contacts prolongés entre individus.

D’où l’idée, expliquée par le DHoracio Arruda, de « changer l’environnement social pour éviter le maximum d’éléments de socialisation » pendant 28 jours.

Que l’on ferme les bars, ça fait mal, mais étant donné les éclosions et les quelques propriétaires insouciants, ça se justifie.

Que l’on ferme les restaurants et les salles de spectacle, on peut comprendre, car ces lieux favorisent la discussion et le rapprochement physique, surtout si on y vend de l’alcool.

PHOTO CHRISTINNE MUSCHI, REUTERS

« Que l’on ferme les bars, ça fait mal, mais étant donné les éclosions et les quelques propriétaires insouciants, ça se justifie », écrit François Cardinal.

Mais que l’on ferme les théâtres et les cinémas, où on demeure assis en silence à distance les uns des autres, c’est moins évident.

Et que l’on ferme les musées, les galeries et les bibliothèques, alors là, c’est totalement incompréhensible.

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Ces choix semblent en effet incohérents lorsqu’on note qu’en parallèle, le gouvernement a décidé de garder ouverts des lieux où on risque bien plus de socialiser, comme les gyms. Les lieux de culte. Et les centres commerciaux.

Lorsqu’on lui fait remarquer le manque de logique des mesures gouvernementales, François Legault s’éloigne soudainement du concept de socialisation et évoque plutôt le temps d’exposition potentiel au virus.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre François Legault

« Le critère, c’est le contact prolongé, a-t-il dit. Dans un commerce, il y a moins de chance qu’on soit en contact plus que 10 minutes avec une autre personne. Par contre, dans une salle de théâtre, si on est 250, même si on a eu des masques jusqu’à tant qu’on s’assoie, il y a quand même un risque après une heure ou deux, même chose dans les restaurants, même chose dans les bars. »

Soit. Mettons que le contact prolongé est donc le critère privilégié, et non pas seulement la socialisation.

Mais dans ce cas, pourquoi garde-t-on les centres sportifs ouverts ? S’il y a un lieu fermé où on reste plus de 10 minutes, c’est bien là. Et s’il y a un lieu où on expulse bien des gouttelettes, c’est là aussi !

On comprend que les gyms, les arénas, les ligues de garage et les courts de sport intérieurs favorisent la santé physique, mais soyons sérieux, ils favorisent aussi les contacts. Et pas juste sociaux !

Le risque de transmission est peut-être faible dans une classe de spinning… mais il est certainement plus important que dans une bibliothèque !

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Le but, ici, n’est pas de chercher des poux. C’est de s’assurer que le message soit respecté, ce qui commande une ligne directrice cohérente et compréhensible.

Or, le gouvernement nous dit depuis le début de la semaine que ce qu’il vise, c’est tout ce qui favorise la socialisation. Mais quand on creuse un peu, on réalise que c’est plutôt à un confinement par secteurs que nous convie Québec, même s’il s’en défend.

On a choisi de fermer « la restauration », mais pas « les commerces » (d’où l’ouverture des centres commerciaux).

On a sacrifié « les bars », mais pas « les églises » (où on peut célébrer des messes).

Et on a décidé de fermer « la culture », mais pas « le sport » (d’où la socialisation permise le long des terrains de sport civil).

Autant de choses qui donnent cette impression de mesures arbitraires, voire d’un manque de considération du gouvernement caquiste pour les arts.

Autant de choses, surtout, qui contredisent l’idée d’un confinement qui vise essentiellement à éviter « le maximum d’éléments de socialisation ».

Voyez les restrictions liées à la zone rouge