Quand le Québec a décidé d’ouvrir ses écoles pour la rentrée et d’obliger l’ensemble des élèves à retourner en classe, la réaction a été rapide. Et forte.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Les parents, en grand nombre, se sont montrés inquiets. Les enseignants et les syndicats ont reproché au gouvernement de les envoyer à l’abattoir. Et bien des observateurs (surtout au Canada anglais) ont qualifié le Québec de kamikaze.

Et pourtant, quatre semaines après la rentrée… tout va plutôt bien jusqu’ici.

Tout va même étonnamment bien.

L’inquiétude ne s’est pas entièrement dissipée, et c’est tout à fait normal. On parle tout de même de la santé de nos tout-petits, ici.

Mais si on regarde les chiffres froidement, il faut se rendre à l’évidence : le Québec avait beau être isolé avec son approche agressive du « tout à l’école », son pari était finalement le bon !

Bien sûr, la donne peut rapidement changer. Mais pour l’heure, on dénombre 507 cas de COVID-19 disséminés dans 272 écoles.

En soi, c’est encourageant : moins de deux cas par établissement touché, en moyenne. Et ce, sur une population de plus d’un million d’élèves et de membres du personnel.

« Il suffit de se rappeler ce qui s’est passé lors de la réouverture des bars pour comprendre à quel point la situation est sous contrôle dans les écoles : ça n’a pas été long avant que les éclosions se multiplient en grand nombre », souligne Marie-France Raynault, chef du département de santé publique et médecine préventive du CHUM.

Mais la vraie bonne nouvelle est ailleurs.

Parmi ces 272 écoles, combien compte-t-on de cas de transmission du virus entre les murs de l’établissement ? À peine une quinzaine.

Ça signifie qu’environ 255 écoles ont été touchées par une transmission communautaire, c’est-à-dire une personne qui a introduit le virus de l’extérieur. Et ce, sans qu’il se propage réellement.

Oui, c’est vrai, une école a fermé cette semaine. L’école Herzliah a décidé d’elle-même de suspendre ses activités pour quelques jours, une exception qui est due à des raisons culturelles propres à la communauté juive.

Mais sinon, soyons honnêtes, le bilan est bon. On a bien assisté à quelques couacs à droite et à gauche, mais pas de drame, pas de mort, pas même d’écoles fermées.

« On a bien dû faire quelque chose de bien quelque part », a lancé en entrevue le ministre Jean-François Roberge en faisant connaître ces données et en évoquant les sondages qui révèlent un niveau de confiance élevé pour le retour en classe.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

Et il a raison. Manifestement, les récréations à des heures différées, le lavage des mains et le port obligatoire du masque dans certaines circonstances ont contribué à ce bilan positif. Et, tout particulièrement, le concept des classes-bulles.

L’idée de maintenir les élèves dans des groupes distincts pendant la journée a été ridiculisée par ceux qui y voient une incohérence avec le mélange qu’on observe au service de garde ou dans les activités parascolaires.

Mais le but n’est pas de garder les jeunes sous une cloche de verre dès qu’ils quittent leur domicile. Le but, plutôt, est de savoir rapidement qui doit être isolé lorsque le virus est détecté. Le concept des classes-bulles vise la réduction de la durée d’exposition et du risque de transmission pendant le plus gros de la journée d’un élève. Et il a, surtout, pour objectif d’éviter la fermeture complète des écoles lorsque la COVID-19 se pointe.

Est-ce parfait ? Non. « Mais quand on voit à quel point les éclosions se sont vite éteintes, ça montre que les jeunes sont moins contagieux, mais aussi qu’il y a une pertinence aux classes-bulles », note la Dre Raynault.

Est-ce que la réponse, plus globalement, du ministre Roberge était parfaite ? Non plus. Pensez seulement à l’accouchement pour le moins laborieux de la liste des écoles touchées par la COVID-19. Ou encore à la pénurie d’enseignants qui fragilise tout le réseau.

Mais dans un contexte de crise sanitaire où tout est plus difficile, force est de constater que le plan de Québec n’a pas provoqué les conséquences redoutées.

Il est évidemment trop tôt pour crier victoire, car la donne peut changer rapidement. Mais le système a été testé, jusqu’à un certain point.

Les protocoles d’urgence ont été appliqués. Le prêt de matériel informatique a été utile. La gestion des bulles, des repas du midi et des services de garde s’est bien passée. Dans l’ensemble, bien sûr.

Et ce, malgré les hauts cris de la Fédération autonome de l’enseignement qui ne trouve rien de plus constructif à faire, au moment où le Québec tente de tenir une deuxième vague à distance, que de poursuivre le gouvernement en cour. À nouveau. Cette fois pour qu’il mette en place un plan de dépistage accéléré dans le réseau scolaire. Comme s’il ne le faisait pas par pure négligence…

Or, à voir la faible prévalence du virus dans les écoles et surtout le faible nombre d’établissements où il s’est propagé entre quatre murs, il est assez évident que jusqu’ici, le ministre peut dire mission accomplie.