Des morts. Des appels à la mobilisation. Des dommages collatéraux autant économiques que sociaux. « Nous sommes tous en guerre contre le virus », a lancé mardi le premier ministre François Legault.

Publié le 17 sept. 2020
Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse

Or, pour espérer gagner une guerre, localiser l’ennemi et prévoir ses mouvements est essentiel. Pour la COVID-19, cela veut dire savoir qui est contaminé et qui risque de le devenir. La stratégie pour le faire est archiconnue : tester, retracer les contacts des gens infectés et les isoler.

Alors que plane le spectre d’une deuxième vague, Québec consacre-t-il toutes les ressources nécessaires à cette opération critique ? Malheureusement, il semble que non. Selon les échos du terrain que nous recueillons, il faut parfois jusqu’à cinq jours avant que les autorités de santé publique joignent les personnes malades afin de recueillir la liste de leurs contacts. Cette période est beaucoup trop longue pour deux raisons. D’abord, plus on attend, plus la personne risque d’oublier des gens qu’elle a croisés les jours précédents. Ensuite, ces derniers doivent être rejoints rapidement afin qu’ils s’isolent et ne contaminent pas d’autres personnes.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

« Il était prévu que la rentrée scolaire ferait augmenter le nombre de cas et les besoins en tests », rappelle notre éditorialiste.

Autre inquiétude : Québec utilise une plateforme québécoise appelée Akinox pour rejoindre automatiquement les gens infectés et leurs contacts par courriel. Or, selon nos informations, le taux de réponse aux courriels envoyés serait très bas.

Le ministère de la Santé réplique que « tous les efforts sont mis en place pour joindre les cas et les contacts ». Le hic est que pour la question du traçage de contacts, le gouvernement nous demande de faire un acte de foi. Aucun indicateur officiel n’est disponible pour évaluer sa performance.

Le ministère de la Santé ignore jusqu’au nombre d’employés dédiés au traçage. Comme trop souvent, on nous a répondu de contacter les 18 directions régionales de la province pour avoir un bilan complet. Québec dit être en train de mesurer certains indicateurs, mais on ignore également le temps qu’il faut pour démarrer les enquêtes épidémiologiques, la proportion des contacts qui sont rejoints et la rapidité avec laquelle ils le sont – toutes des mesures que les Centers for Disease Control and Prevention américains recommandent de suivre.

En l’absence de données centrales, le Québec se retrouve ainsi incapable de mesurer sa performance en traçage de contacts ou de la faire évaluer par des experts indépendants. Il est aussi dans l’impossibilité de se donner des objectifs chiffrés pouvant mobiliser le réseau. On a vu la force de tels incitatifs en mai, quand Horacio Arruda a fixé une cible de 14 000 tests par jour qui a fini par être atteinte.

Pendant la première vague, la professeure Marie-Pascale Pomey, de l’Université de Montréal, a montré par des entrevues avec des gens infectés que le traçage de contacts se faisait de façon très inégale au Québec. Plusieurs mois plus tard, rien n’indique que la barre a été redressée.

Le portrait est plus rassurant du côté des tests diagnostiques, dont le nombre est dévoilé quotidiennement. Celui-ci tourne maintenant autour de 20 000 par jour, les meilleurs chiffres depuis le début de l’épidémie. Mais les files d’attente devant les centres de dépistage et les problèmes observés récemment à Québec, où des citoyens ont dû attendre les résultats de leur test pendant plus d’une semaine, montrent que la machine n’est pas aussi bien huilée qu’on le souhaiterait à ce moment charnière de l’épidémie. Il était pourtant prévu que la rentrée scolaire ferait augmenter le nombre de cas et les besoins en tests.

Tester, tracer, isoler : on ne pourra jamais mettre trop d’efforts dans ces opérations. Il est urgent d’y investir toutes les ressources nécessaires, d’en suivre la performance et d’en dévoiler les résultats.

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