L’automne s’annonce difficile pour le million d’écoliers qui viennent de prendre le chemin de l’école, pour leurs enseignants et leurs parents aussi, bien sûr.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Entre les infections sporadiques, l’aller-retour entre l’enseignement en personne et à distance sans oublier l’inquiétude au moindre rhume alors que la COVID-19 reprend du poil de la bête, le Québec vit une rentrée sur fond d’incertitudes.

Collectivement, nous avons fait le bon choix de prioriser le retour à l’école en tablant sur un certain nombre de mesures sanitaires pour minimiser les risques d’infection. Mais parmi tous les moyens possibles, nous en avons oublié un : l’aération.

Le gouvernement de l’Ontario a annoncé l’injection de 50 millions pour la réfection des systèmes de ventilation dans les écoles. Rien de tel au Québec, où le ministre Jean-François Roberge rappelle que son plan de réfection prévoit déjà l’investissement de 2,3 milliards sur trois ans dans quelque 1800 écoles. Mais ce plan date d’avant la COVID-19. Et la question de la ventilation n’y est pas abordée spécifiquement.

Or, la ventilation est cruciale dans la lutte contre cette pandémie. « Vous voulez laisser les écoles ouvertes ? Ouvrez les fenêtres », titre un article récent du Washington Post.

Les auteurs, experts du programme « Healthy Buildings » de Harvard, affirment qu’en ouvrant les fenêtres de 20 cm, on assure un échange d’air suffisant pour prévenir la contagion.

L’article cite Anthony Fauci, le célèbre immunologue américain qui soutient, lui aussi, que la lutte contre la COVID-19 passe par un geste aussi simple que celui d’ouvrir une fenêtre…

Cette maladie sévit depuis neuf mois. Elle garde encore bien des mystères, mais son mode opératoire est mieux connu qu’en janvier. On sait qu’elle peut se transmettre par gouttelettes, par les surfaces que l’on touche, mais aussi par aérosols : ces microparticules qui se propagent plus loin et restent en suspension plus longtemps que les gouttelettes.

PHOTO PAUL CHIASSON, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Notre éditorialiste rappelle que « même sans connaître le rôle précis des aérosols dans la chaîne de transmission, on sait qu’ils représentent un facteur de risque supplémentaire ».

En juin, 239 chercheurs ont signé une lettre appelant l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à reconnaître officiellement ce mode de transmission. L’OMS l’a fait en juillet.

L’importance relative des aérosols dans la contagion reste incertaine. Mais même sans connaître leur rôle précis dans la chaîne de transmission, on sait qu’ils représentent un facteur de risque supplémentaire, note Caroline Duchaine, une spécialiste des bioaérosols à l’Université Laval qui a signé la lettre envoyée à l’OMS.

Il ne s’agit pas de simples considérations théoriques, mais de constats qui ont une incidence directe sur notre façon de réagir à la pandémie.

Car si les aérosols jouent un rôle dans la contagion, cela implique qu’une aération adéquate, en dispersant les particules dangereuses, réduit le risque. Cela signifie aussi que le pire endroit où croiser le coronavirus est une pièce fermée, mal ventilée, où on s’entasse à plusieurs pendant une longue période. Comme… une classe.

L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, recommande le port du masque en classe pour les élèves de 10 ans et plus. L’Ontario et l’Alberta ont suivi cette directive. D’autres provinces imposent le port du masque hors classe quand la distanciation physique devient impossible. C’est la voie choisie par le Québec.

C’est un choix légitime. Mais il comporte un corollaire : il faut s’assurer que l’air qui circule dans les classes soit aussi sain que possible.

Pour y arriver, il faudrait commencer par reconnaître le problème. Puis lancer une vaste opération diagnostique dans les écoles.

Ensuite, prioriser la réfection des systèmes de ventilation là où c’est nécessaire. Et en attendant, laisser les fenêtres ouvertes dans la mesure du possible. Des appareils de filtration peuvent aussi contribuer à assainir l’air dans les écoles, souligne Caroline Duchaine.

Ça n’empêcherait pas le coronavirus de s’infiltrer dans les écoles. Mais ça ajouterait une importante ligne de défense contre la COVID-19.