Le gouvernement de Justin Trudeau a créé la Subvention salariale d’urgence… puis le parti de Justin Trudeau en a tiré profit par-derrière ! Une décision injustifiable, surtout que le Parti conservateur vient de renoncer finalement à cet argent.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

C’est un geste fort prometteur qu’a fait le chef conservateur cette semaine, au tout premier jour de son entrée en fonction.

Erin O’Toole a demandé aux responsables de son parti de cesser d’encaisser les chèques de subvention salariale dont profite le Parti conservateur depuis le début de la pandémie. Mieux encore, selon ce que rapporte la collègue Mélanie Marquis, il promet de rembourser chaque sou perçu ces derniers mois !

C’était la chose à faire, car il y a un immense malaise à voir les partis politiques fédéraux profiter d’une mesure votée et reconduite par leurs représentants élus.

Il est déjà gênant de voir le NPD, un parti qui aime se draper de vertu, s’accaparer une partie des fonds consacrés aux entreprises canadiennes qui craignent de fermer leurs portes. Mais ça devient carrément indécent dans le cas du Parti libéral du Canada, qui nage dans ce dossier en plein conflit d’intérêts (encore une fois).

Pas très compliqué : le gouvernement de Justin Trudeau a mis de l’avant le programme de Subvention salariale d’urgence du Canada… puis le parti de Justin Trudeau en a tiré profit par-derrière !

Peut-on se garder une petite gêne, SVP ?

ILLUSTRATION GETTY IMAGES

« Peut-on se garder une petite gêne, SVP ? », demande François Cardinal aux partis qui tirent profit de la Subvention salariale d’urgence.

On parle tout de même, ici, de grosses sommes d’argent public qui sont détournées pour payer notamment le salaire d’organisateurs politiques sur le terrain !

Durant les quatre premiers mois du programme, soit entre la mi-mars et la mi-juillet, le NPD a ainsi récolté 265 000 $.

Le Parti conservateur a reçu plus de 700 000 $.

Et le Parti libéral ? Plus de 850 000 $. Une somme qui est appelée à passer à 1,8 million d’ici la fin du programme. Imaginez !

Heureusement, toutes les formations politiques n’ont pas fait les moutons en embarquant dans le mouvement. Le Bloc québécois était jusqu’ici le seul parti qui avait ainsi mis ses principes avant son trésor de guerre. Il refuse en effet la subvention depuis le début, même en sachant que ses adversaires pigent tous dans le plat de bonbons.

La position du Bloc était d’autant plus louable que, dans sa première mouture, la subvention salariale a été distribuée aux partis qui en faisaient la demande… alors que plusieurs PME se la voyaient refuser par Ottawa en raison de conditions restrictives tatillonnes (pas de compte bancaire distinct pour l’entreprise et son propriétaire, par exemple, ou statut juridique non admissible).

Voilà pourquoi il faut applaudir Erin O’Toole, qui n’a pas suivi Andrew Scheer sur cet enjeu. Il avait promis de tourner le dos aux subventions lors de la course à la direction.

Cette position est la seule valable, disons-le, et non pas juste pour des questions morales. Il y a en effet lieu de se demander si les deux grands partis politiques ont besoin de cet argent.

La pandémie a beau avoir ralenti le financement politique, le Parti conservateur a tout de même réussi à récolter plus de 8 millions durant la première moitié de l’année.

Quant au Parti libéral, il est peut-être un peu moins riche, mais il a néanmoins réussi à engranger tout près de 6 millions entre janvier et juin.

Y a-t-il quelqu’un qui peut dire sans rire que ces deux partis politiques risquaient de disparaître sans aide publique ?

« Alors qu’on peut se demander combien de PME pourraient passer à travers la pandémie sans faire faillite avec l’argent dont profitent les libéraux et conservateurs ? » demande avec raison le chef du Bloc, Yves-François Blanchet.

Il est donc tout à fait honteux que ces formations aient décidé de se servir de l’argent public à des fins partisanes. Surtout quand on sait qu’elles se verront rembourser la moitié de leurs dépenses admissibles après les prochaines élections !

Rappelons-le, puisque ça semble nécessaire : la subvention salariale a été votée pour soutenir l’économie. Pas les partis.