Riche idée que celle de Bruce Heyman, qui souhaite encourager les Américains à l’étranger à voter en grand nombre (contre Trump) en novembre prochain.

Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Cet ancien ambassadeur des États-Unis au Canada, qui a quitté Ottawa après l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, n’en revenait pas lorsqu’il a constaté à quel point les Américains qui vivent de ce côté-ci de la frontière boudent le scrutin présidentiel.

En 2016, on estime qu’uniquement 5 à 6 % des Américains qui vivent au Canada ont voté lors de l’élection présidentielle.

C’est bien peu.

En fait, ce fut nettement trop peu !

Parce que si ce nombre avait été plus élevé, Donald Trump ne serait peut-être pas le commandant en chef de la première puissance mondiale. Il aurait pu devoir se contenter d’une simple note de bas de page dans un chapitre de l’histoire de la présidence américaine.

Vous en doutez ? Normal. Ça semble tiré par les cheveux.

Alors, permettez-nous ici une petite séance d’arithmétique.

PHOTO CHANDAN KHANNA, AGENCE FRANCE-PRESSE

Matériel électoral à Miami-Dade, en Floride. « En 2000, […] Al Gore a dû concéder la victoire à George W. Bush à la suite d’un décompte qui donnait au candidat républicain 537 voix d’avance en Floride », rappelle notre éditorialiste.

Aux États-Unis, comme les experts et les politiciens démocrates se plaisent à le répéter depuis la victoire de George W. Bush en 2000, « chaque vote compte » !

Le pays est tellement polarisé que les résultats de la course à la Maison-Blanche peuvent être aussi serrés que ceux de l’épreuve du 100 mètres aux Jeux olympiques.

En 2000, par exemple, Al Gore a dû concéder la victoire à George W. Bush à la suite d’un décompte qui donnait au candidat républicain 537 voix d’avance en Floride. Quelques centaines de voix dans un seul État américain ont changé le cours de l’histoire.

En 2016, la course n’était pas aussi serrée… mais presque !

La défaite d’Hillary Clinton aurait pu se transformer en triomphe si quelque 80 000 électeurs de plus, au sein de trois États, avaient voté pour elle.

Donald Trump a devancé Hillary Clinton au Michigan par 10 704 votes ; en Pennsylvanie, par 46 765 votes, et au Wisconsin, par 22 177. Un grand total de 79 646 voix d’écart.

Or, si elle avait gagné dans ces trois États, selon le fonctionnement du Collège électoral et la répartition des grands électeurs, elle serait aujourd’hui à la Maison-Blanche.

On comprendra que si on assiste à un scénario similaire cette année, le vote des Américains au Canada pourrait être déterminant.

Bref, si votre voisin détient la nationalité américaine, il pourrait faire la différence entre la réélection de Donald Trump et la victoire de Joe Biden.

Techniquement, le vote d’un Américain qui habite à l’extérieur des États-Unis est considéré comme étant issu de l’État où il résidait avant de quitter son pays. Ceux qui habitaient dans des États clés — un Américain qui a quitté la Floride pour passer une partie de sa vie au Québec, par exemple — vont jouer un rôle particulièrement crucial.

Considérant qu’on trouve à l’extérieur des États-Unis environ 6,5 millions d’électeurs potentiels, l’initiative de Bruce Heyman est tout sauf frivole.

Comme les deux pays où on trouve le plus grand nombre d’Américains sont le Canada et le Mexique, déployer des efforts de ce côté-ci de la frontière est indispensable.

Bon nombre d’Américains qui habitent ici se rendent certainement compte que Donald Trump est une épine dans le pied du Canada.

De son attachement aux tarifs douaniers à l’effritement du multilatéralisme dont il est responsable, en passant par sa gestion pitoyable de la pandémie qui nous force à souhaiter que la frontière reste fermée le plus longtemps possible, la présidence Trump a jusqu’ici été épouvantable pour le Canada.

Et penser que ça va changer s’il est réélu, c’est l’équivalent de croire au père Noël…

« Je crois, personnellement, que Donald Trump a fait davantage de tort à la relation entre le Canada et les États-Unis que n’importe quelle autre personne », nous a confié Bruce Heyman.

C’est l’une des raisons pour lesquelles il espère que le plus grand nombre possible d’Américains qui habitent au Canada voteront le 3 novembre prochain. On souhaite que son message d’intérêt public soit entendu d’un océan à l’autre.