Pour passer à travers la crise, les sociétés de transports en commun auront besoin de plus d’aide de Québec et d’Ottawa. Car, pour l’instant, elles ont reçu une mission quasi impossible : réduire leurs services tout en répondant de façon sécuritaire aux besoins de leur clientèle.

Paul Journet
Paul Journet La Presse

Le calcul est simple : si le nombre d’autobus et de wagons diminue trop, le nombre de passagers par autobus augmentera. Il y aura donc plus de proximité et plus de risques de contamination.

Et même si cet écueil était évité, il en resterait un autre : les compressions empêcheront les sociétés de transport de reprendre leurs services ordinaires lorsqu’un vaccin sera découvert.

Il est vrai que même après la crise, le télétravail demeurera plus fréquent, ce qui réduira un peu la fréquentation des transports collectifs – une baisse de 5 %, prévoit-on. Et il est aussi vrai qu’il est normal que les sociétés de transport fassent elles aussi un effort pour réduire leurs dépenses. On comprend donc que Québec et l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) leur demandent un « plan d’optimisation » pour réduire leurs dépenses.

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« L’ARTM défend l’équité régionale pour que chaque ville offre des services comparables. Ce principe est important, mais il ne devrait pas mener à un nivellement par le bas », juge notre éditorialiste.

Ajoutons que le ministre des Transports, François Bonnardel, s’est montré à l’écoute. La semaine dernière, il a lui-même reconnu que l’aide annoncée d’environ 340 millions pour le Grand Montréal était insuffisante. Le ministre maintient aussi avec raison la pression sur Ottawa pour que le Québec reçoive sa part. Mais on a hâte d’en voir les résultats…

Comme l’a rappelé notre collègue Bruno Bisson jeudi, la Colombie-Britannique et l’Ontario offrent nettement plus d’argent. Ces comparaisons ont leurs limites – par exemple, puisque les usagers québécois payent moins cher, leurs sociétés de transport souffrent moins de la crise. Mais elles font bel et bien face à un casse-tête.

Le Réseau de transport de Longueuil offre un programme de départ à la retraite volontaire à ses employés. Montréal et Laval pourraient-ils eux aussi trouver de telles économies ? Cela reste à prouver. D’ailleurs, 85 % des dépenses de la STM sont incompressibles – il s’agit du service de la dette ou de salaires protégés par la convention collective, qui prévoit des clauses anti-mises à pied.

L’ARTM juge que la commande, une baisse de 6 % sur trois ans, est raisonnable. Mais cette baisse survient alors que la COVID-19 entraîne une hausse des dépenses à cause du nettoyage. L’Autorité permet aux sociétés de puiser dans leurs surplus pour payer ces dépenses exceptionnelles. Mais elle leur refuse de puiser dans ce coussin pour payer d’autres dépenses récurrentes qui continueront d’augmenter, comme les intérêts sur la dette.

La STM et la STL pourraient-elles offrir un programme de départ anticipé et volontaire à la retraite, comme c’est le cas à Longueuil ? Possible, mais on ne sait pas combien de personnes en profiteraient ni si les effectifs seraient suffisants lors de la reprise.

Il est normal que l’ARTM et Québec veillent à ce que les économies possibles soient faites et que la capacité de payer des contribuables soit respectée. Reste que leur volonté se heurte à l’autonomie municipale.

Par exemple, les villes n’ont pas le droit de hausser le financement de leur réseau au-delà de l’inflation. Pourquoi les en empêcher si elles acceptent de s’en remettre ensuite à leurs électeurs ?

L’ARTM défend l’équité régionale pour que chaque ville offre des services comparables. Ce principe est important, mais il ne devrait pas mener à un nivellement par le bas.

L’année dernière, on s’inquiétait déjà pour la capacité des villes à financer leurs transports en commun, à cause entre autres de la chute des revenus de la taxe sur l’essence. Avec la COVID-19, cela commence à faire beaucoup de « défis »…

Après tout, ce ne sont pas des canards boiteux. Les sociétés de transports en commun n’ont pas de problème systémique de gestion des dépenses et il ne s’agit pas d’un simple marché où on s’en remet à l’offre et à la demande. L’objectif est d’augmenter leur usage tant pour s’attaquer à la congestion et à la pollution que pour améliorer la qualité de vie. Pour cela, il faudra s’assurer qu’elles gardent la tête hors de l’eau pendant les prochains mois.