Il est où, le plan de retour à l’école ? Patience, il arrive. En fait, il est en bonne partie déjà là…

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Les critiques envers le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, sont en partie injustifiées. On l’oublie, mais M. Roberge a dévoilé son plan le 16 juin et il a été bien reçu. S’il le déposait plus de deux mois à l’avance, c’était justement pour donner du temps au réseau de l’éducation pour bien se préparer. Il était toutefois inévitable que ce plan soit mis à jour en fonction de l’évolution du virus et de nos connaissances.

À l’époque, le port du masque n’était pas encore obligatoire dans les lieux fermés ou les transports en commun. Et il n’était pas non plus prévu de l’imposer à l’école.

Aujourd’hui, tout cela ressemble à de l’histoire ancienne. On ne doit donc pas se surprendre que le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, ait ouvert la porte lundi à imposer le port du masque au secondaire.

Ce sera précisé lors de la mise à jour du plan de retour en classe, probablement au début de la semaine prochaine.

Il est normal de ne pas encore avoir de réponses à toutes les questions. Normal, du moins, pour encore quelques jours… Car après la mise à jour attendue, M. Roberge n’aura plus droit à l’erreur. Il a déjà abusé de ce droit.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

Au début de la crise sanitaire, l’opposition et les syndicats dénonçaient « l’improvisation » du ministre. C’était injuste. Le Québec moderne n’a jamais connu de pandémie semblable. Le gouvernement caquiste était en terrain inconnu, donc l’improvisation était inévitable. Et les changements de décisions aussi – le ministre devait se plier aux directives fluctuantes de la Santé publique, que cela lui plaise ou non.

Ajoutons que malgré les signaux d’alarme lancés par certains enseignants au début de mai, le retour en classe s’est dans l’ensemble bien passé.

Reste que la crise sanitaire ne justifie pas tous les cafouillages. Par exemple, la déclaration malheureuse en mars sur les élèves et les enseignants qui étaient « en vacances », les retards et les ratés dans la distribution du matériel informatique et l’annonce précipitée de camps pédagogiques. Le ministre semblait parfois manquer d’écoute. Il était difficile à suivre.

Mais avec le dépôt du plan en juin, le réseau a eu la chance de se préparer. Et si la mise à jour est déposée la semaine prochaine, elle permettra à tout le monde de s’ajuster. À condition de répondre à d’importantes questions.

La critique libérale en matière d’éducation, Marwah Rizqy, a dressé mardi une très pertinente liste de ces questions. Par exemple : que fera-t-on si un enfant ou un membre du personnel présente des symptômes ou reçoit un diagnostic positif ? Qui contactera les parents et quelle directive sera donnée ? À quelles conditions exigera-t-on un test ou un isolement préventif ? Offrira-t-on des cliniques de dépistage mobiles ? La température sera-t-elle prise tous les matins ?

Il y a un sérieux risque à laisser chaque établissement se doter de ses propres règles. Ces directives s’annoncent déjà difficiles à expliquer et à appliquer. Si elles fluctuent d’un endroit à l’autre à la discrétion de gens sans formation médicale, c’est toute la crédibilité du retour à l’école qui sera minée. Et celle du plan de M. Roberge aussi.

D’ici la semaine prochaine, il faudra des réponses précises.

La patience et la confiance ne sont pas des ressources à ce point renouvelables.