Quand Joe Biden s’est lancé dans la course à la Maison-Blanche, il y a un peu plus d’un an, il a affirmé qu’il allait livrer une « bataille pour l’âme du pays ».

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Or, le candidat de 77 ans aura sous peu l’occasion de poser un geste marquant dans le cadre de cette bataille : il pourrait sélectionner une politicienne afro-américaine comme colistière.

Joe Biden doit choisir la candidate à la vice-présidence de son parti d’ici la convention démocrate à la mi-août. Ce ne sera pas un homme, mais bien une femme. Il l’a déjà promis.

Ces jours-ci, plusieurs voix au sein du Parti démocrate s’élèvent pour l’exhorter à choisir une femme noire. Et il semble prendre ce conseil très au sérieux.

Son équipe examine à l’heure actuelle une douzaine de candidatures, incluant, selon le Wall Street Journal, au moins six politiciennes afro-américaines.

Plusieurs semblent avoir le profil de l’emploi.

À commencer par Susan Rice, que Joe Biden connaît bien puisqu’elle fut conseillère à la sécurité nationale sous Barack Obama. Elle a aussi été ambassadrice aux Nations unies pendant quatre ans.

PHOTO STEPHEN CROWLEY, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Susan Rice

PHOTO CARLO ALLEGRI, ARCHIVES REUTERS

Kamala Harris

La sénatrice Kamala Harris semble aussi dans le peloton de tête. Elle siège à Washington depuis 2017 après avoir été procureure générale de la Californie pendant une demi-douzaine d’années.

D’autres candidates dont les noms circulent ont moins d’expérience sur le plan national, mais disposent de feuilles de route qui, dans les circonstances, pourraient séduire Joe Biden.

C’est le cas de Val Demings, qui est membre de la Chambre des représentants à Washington depuis 2016 et fut la première femme à se hisser à la tête du service de police de la ville d’Orlando, en Floride (un État clé, ça aussi, ça compte). Sans oublier la mairesse d’Atlanta Keisha Lance Bottoms. Dans sa ville aussi, un homme noir a été récemment abattu par un policier blanc. Sa gestion de crise et son éloquence ont été remarquées.

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PHOTO PATRICK SEMANSKY, ASSOCIATED PRESS

Joe Biden, candidat démocrate à la présidence des États-Unis

Il est loin le jour où John Nance Garner, vice-président du démocrate Franklin D. Roosevelt, disait que ce poste ne valait pas plus qu’un « seau de pisse chaude ».

Depuis quelques décennies, la personne qui l’occupe possède davantage d’influence et de pouvoir que jadis et joue généralement le rôle de proche conseiller du président. Les mauvaises langues ont même dit que le républicain George W. Bush fut un temps la marionnette de son vice-président Dick Cheney.

Le choix d’un candidat à la vice-présidence est d’autant plus important cette année que Joe Biden n’est plus jeune. S’il est élu, il sera le plus âgé de tous les présidents de l’histoire du pays.

C’est important pour au moins deux raisons. Premièrement, le vice-président des États-Unis se retrouve à un battement de cœur de la présidence ; il faut s’en préoccuper, le choix doit être judicieux. Deuxièmement, si Joe Biden s’empare de la Maison-Blanche, il ne se représentera peut-être pas. Son bras droit serait alors en bonne position pour la course à la direction du Parti démocrate.

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Mais revenons un instant sur le bien-fondé, pour Joe Biden, d’opter pour une candidate issue de la communauté noire.

Un tel choix serait bien sûr un geste stratégique ; le candidat démocrate a besoin de mobiliser la communauté noire derrière sa candidature. Mais l’impact de cette décision serait également très concret.

Joe Biden a promis de faire de la lutte pour l’égalité raciale une priorité s’il est élu. Pour mieux combattre le racisme et la discrimination à partir de la Maison-Blanche, il serait plus qu’opportun de travailler étroitement avec une politicienne afro-américaine d’expérience.

Sans compter que ce choix serait hautement symbolique.

Jamais un président de l’histoire moderne des États-Unis n’aura flirté aussi ouvertement avec le racisme que Donald Trump. Si Joe Biden triomphe et si la vice-présidence est occupée pour la première fois par une femme noire, le signal sera clair. Une page d’histoire aura été tournée.

Les États-Unis, une fois de plus, pourront tenter de se réinventer.