Aujourd’hui même, un ami de longue date et ancien conseiller de Donald Trump, Roger Stone, devait commencer à purger une peine de prison de 40 mois. Il n’y mettra pas les pieds. Sa peine a été commuée vendredi dernier par le président.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Le geste a été dénoncé avec vigueur aux États-Unis. Un analyste du New York Times a estimé que Donald Trump avait franchi une ligne que même l’ancien président républicain déchu Richard Nixon « n’aurait pas osé traverser au plus fort de la crise du Watergate ».

PHOTO LEAH MILLIS, ARCHIVES REUTERS

Roger Stone

Pourtant, chez les républicains, c’est comme s’il ne s’était rien passé. Le seul ténor du parti à Washington qui a véritablement osé appeler un chat un chat, c’est le sénateur Mitt Romney.

« Corruption historique, sans précédent : un président américain commue la peine de prison d’une personne condamnée par un jury pour avoir menti afin de protéger ce même président », a-t-il écrit sur Twitter.

Il n’est certainement pas le seul républicain à être sidéré par ce geste profondément troublant. Mais il est l’un des rares à s’être distingué du lot en critiquant son président.

Donald Trump sait que les politiciens républicains, à la quasi-unanimité, vont soit cautionner ses gestes, soit se taire.

C’est l’une des raisons pour lesquelles il prend tant de décisions indignes de sa fonction.

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L’ancien conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche John Bolton est un autre de ces rares républicains qui ont osé dire la vérité au sujet de Donald Trump.

Le portrait qu’il dresse du président dans le livre qu’il a publié à la fin du mois dernier, The Room Where it Happened, est dévastateur.

Dans ses mémoires, il parle de Donald Trump comme si ce dernier était un mélange entre un enfant de 7 ans qui souffre d’un grave déficit d’attention et un vieillard gâteux, belliqueux et narcissique.

Un politicien incompétent à qui laisser le contrôle du pays est aussi périlleux qu’autoriser un aveugle à piloter un avion.

Le témoignage de Bolton démontre qu’il est loin d’être le seul à le penser au sein de la garde rapprochée du président. Un exemple parmi d’autres : celui qui était le chef de cabinet à l’époque, John Kelly, hallucine tout autant que John Bolton.

Un jour, cet ancien général va jusqu’à se demander, au sortir d’une réunion désordonnée, ce qui se passerait si le pays faisait face à « une vraie crise comme le 11-Septembre, avec la façon dont [Trump] prend ses décisions ».

On connaît maintenant la réponse. Le chaos des dernières semaines aux États-Unis est le reflet de celui qui règne sur la Maison-Blanche depuis bientôt quatre ans.

Si l’on se réjouit aujourd’hui de voir John Bolton dire la vérité sur son passage à la Maison-Blanche, il ne faut pas oublier qu’il se comportait jusqu’à tout récemment comme le reste des républicains.

Tant et aussi longtemps que Donald Trump faisait avancer les idées qui étaient chères à John Bolton, celui-ci cautionnait tout le reste.

Il était un loyal soldat de l’empire Trump.

Un mouton.

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« Les républicains ont signé un pacte avec le diable », juge notre éditorialiste.

Ce sont ces moutons qui prennent la défense du président sur toutes les tribunes lorsqu’il se met dans l’embarras. Qui le chouchoutent, peu importe la nature de ces décisions. Qui gardent un silence complice quand il rend sa liberté à Roger Stone.

Pas étonnant que le pays soit actuellement empêtré dans plusieurs crises simultanées. Ces moutons ont créé un monstre.

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Les républicains ont signé un pacte avec le diable. Mais on n’est pas ici dans la légende de la chasse-galerie. Chacun d’entre eux pourrait à tout moment le rompre, ce pacte.

Ils ne le feront pas. Il est trop tard pour ça. Il reste à espérer que les électeurs américains s’en souviendront lors des élections de novembre et feront regretter à ces politiciens d’avoir donné carte blanche à Donald Trump pendant si longtemps.