« Un coup dans les jambes », a dit le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, au sujet de la suspension, à partir de septembre, de la liaison qu’Air Canada assurait entre Montréal et son archipel.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

L’image est forte, mais elle est juste. La décision est brutale et elle a été annoncée de façon unilatérale, au moyen d’un simple communiqué.

Les Madelinots ne sont pas les seuls à avoir été pris au dépourvu. Air Canada va interrompre le service de 30 lignes régionales au pays. Gaspé, Baie-Comeau, Val-d’Or… Toutes ces communautés ont appris la mauvaise nouvelle en même temps cette semaine.

La moindre des choses, avant d’annoncer une telle décision, aurait été de sonner l’alarme au préalable et de contacter les acteurs impliqués dans ce dossier au sein des diverses régions touchées, mais aussi à Québec et à Ottawa.

Mettre tout le monde devant le fait accompli, comme Air Canada vient de le faire, s’apparente plus à une façon d’établir un rapport de force avec le gouvernement fédéral. Visiblement, le sort des communautés régionales n’a pas pesé très lourd dans la balance.

Bref, sur la forme, c’est un ratage complet.

Sur le fond, l’équation est toutefois plus complexe.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Air Canada a annoncé mardi la suspension indéfinie d’une trentaine de lignes régionales au pays.

Air Canada traverse une zone de turbulence éprouvante. La compagnie a déclaré une perte nette de plus de 1 milliard au premier trimestre – et la saignée n’est pas terminée –, a dû se départir de quelque 20 000 employés et ne voit pas encore la lumière au bout du tunnel.

En tant que simple décision d’affaires, par conséquent, sa décision tient la route.

Le problème, c’est que les petites communautés d’un bout à l’autre du Québec ne peuvent pas toujours faire les frais, lorsqu’il est question d’un service aussi essentiel que le transport aérien, du libre jeu du marché.

Ce n’est pas d’hier que le bien-être de nos régions, notamment sur le plan du développement économique, est entravé par les décisions d’affaires des compagnies aériennes, Air Canada au premier chef.

Rappelons-nous la controverse soulevée, il y a deux ans, par les prix prohibitifs des billets d’avion entre les grands centres et les régions au Québec. Un aller-retour Montréal-Gaspé pouvait alors être nettement plus cher qu’un aller-retour Montréal-Pékin, par exemple.

L’Union des municipalités du Québec avait calculé que le prix d’un billet d’avion pour un vol régional au Québec était 55 % plus élevé qu’ailleurs au pays ! On avait même organisé un sommet sur le transport aérien régional.

La nature du problème auquel les régions font face aujourd’hui est différente, mais les enjeux sont grosso modo les mêmes. Les liaisons régionales sont souvent peu ou pas rentables pour les compagnies aériennes alors qu’elles le sont pour les communautés desservies. C’est le grand paradoxe. En ce sens, les besoins des actionnaires d’Air Canada ne correspondent que rarement à ceux des régions.

Mais ce constat, à lui seul, ne règle pas le problème. Appeler nos gouvernements à subventionner à grands frais ces liaisons aériennes, dans les circonstances, n’est pas aisé. Les besoins, dans un nombre incalculable de secteurs, sont presque infinis.

On peut très certainement s’assurer que si Ottawa en vient à offrir une aide ciblée aux transporteurs aériens, elle devra être assortie de conditions, dont le maintien des liaisons régionales. Mais cette aide pourrait ne jamais voir le jour.

Un plan B doit être donc mis de l’avant. Tout indique qu’il passera par les transporteurs régionaux qui desservent déjà bon nombre des communautés délaissées par Air Canada. C’est l’option que semblent privilégier François Legault et son ministre des Transports, François Bonnardel, pour qui « tout est sur la table ».

La crise sanitaire n’est peut-être pas le meilleur moment pour trouver des solutions durables à ce problème. En revanche, à moyen terme, les régions qu’Air Canada s’apprête à laisser tomber ne peuvent pas être abandonnées par nos gouvernements.