Le réveil a été brutal, en mars, lorsque nos gouvernements ont compris que la délocalisation de notre expertise en matière de production d’équipement médical était un lourd handicap en temps de pandémie.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Dans l’urgence, on s’est d’abord démenés comme jamais auparavant pour s’approvisionner en masques, blouses, visières et gants à l’étranger ; on n’avait pas le choix. Mais nos dirigeants, à Québec comme à Ottawa, ont aussi déclaré qu’il était crucial de produire ici cet équipement essentiel.

Environ trois mois après l’évocation par nos élus de cette riche idée, à la veille de la fête nationale du Québec, nous avons mené des discussions avec divers acteurs québécois qui font partie de cette filière pour en savoir plus sur les progrès faits dans le but de mettre le cap sur notre souveraineté sanitaire.

Résultat : les nouvelles sont bonnes. Les bottines ont suivi les babines. Et il y a de quoi être fier de ce virage.

Déjà, début avril, quand François Legault a affirmé « qu’on devrait être autonome pour les biens qui sont essentiels », certaines entreprises avaient réussi à faire certifier et à produire des visières. C’était un bon départ.

Le défi technique est plus grand, toutefois, lorsqu’il s’agit de produire des blouses et des masques. Or, il a été relevé avec succès par plusieurs entreprises québécoises au cours des dernières semaines.

Chez TechniTextile Québec, un « pôle d’expertise » qui a créé en début d’année un groupe de travail pour stimuler la production d’équipement de protection médical au Québec, on indique que ces efforts ont déjà « permis de protéger des milliers de travailleurs et des millions de personnes » avec des produits faits ici.

Son directeur général, Dany Charest, souligne par exemple que l’entreprise Logistik est en train de produire 11 millions de blouses de protection réclamées par Ottawa et plus de 1,2 million pour le ministère de la Santé du Québec.

Ça signifie qu’on a commencé à récupérer des parts de marché perdues au profit de pays où la main-d’œuvre est bon marché et les prix défient toute compétition. À commencer par la Chine, dont nous étions devenus dépendants.

Autre avancée significative : bon nombre de ces blouses sont fabriquées avec des textiles médicaux réutilisables qui sont, eux aussi, produits par des entreprises d’ici. C’est le cas de Stedfast, une entreprise de Granby, qui avait cessé d’en produire il y a cinq ans parce que les blouses jetables faites en Chine étaient en train de saturer le marché. C’est aussi le cas de Duvaltex, qui se spécialisait pour sa part jusqu’ici dans la fabrication de tissu pour le recouvrement de meubles.

Et ces deux entreprises sont également en train de mettre à profit leur expertise pour produire et commercialiser des appareils de protection respiratoire de type N95. Notons par ailleurs que la société Medicom en produira bientôt, pour sa part, quelques dizaines de millions annuellement sur le territoire montréalais. Elle y achève la construction d’une usine, pour laquelle elle a reçu un prêt de 4 millions de dollars d’Investissement Québec.

Entreprise Prémont a été encore plus rapide. Elle a inauguré il y a quelques semaines une usine à Louiseville en Mauricie, qui produit déjà plusieurs millions de masques chirurgicaux chaque semaine. Le gouvernement du Québec s’y approvisionne.

Des succès, il y en a donc plusieurs. La mobilisation des acteurs du secteur des matériaux textiles a été remarquable et plusieurs ont pu bénéficier d’un coup de pouce de nos gouvernements ou de leurs alliés.

Mais la mission n’est pas accomplie pour autant, disons-le. Nos élus doivent maintenant veiller à ce que le succès soit durable. Soutenir la recherche et l’innovation dans ce secteur avec encore plus d’enthousiasme, notamment. Et trouver d’autres façons de stimuler son développement.

Ils doivent aussi tout faire pour qu’une fois la crise terminée, on ne retombe pas dans nos travers, qui nous poussent à privilégier les prix les plus bas au détriment de notre sécurité.

La complaisance nous mènerait encore une fois à une trop grande dépendance.

Il faut se souvenir qu’en cas d’épidémie, l’existence d’une filière comme celle qui est en train de redémarrer – et qui a besoin d’être consolidée – n’a pas de prix.