L’élément le plus important du remaniement ministériel de lundi, c’est bien sûr le déplacement de la ministre de la Santé, Danielle McCann. Mais l’élément le plus significatif est passé plutôt inaperçu : c’est la décision de dégommer au même moment la ministre… et son sous-ministre, Yvan Gendron.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Disons-le, c’est un aveu d’échec : une façon de reconnaître que la stratégie québécoise est responsable du bilan particulièrement morbide affiché au terme de la première vague de la pandémie.

Oui, on l’a souvent entendu, le Québec a payé le prix d’une semaine de relâche hâtive. Mais l’hécatombe dans les résidences pour aînés, elle est surtout due à une mauvaise évaluation de la guerre à mener, et donc, à une mauvaise préparation de la province avant le 12 mars fatidique, jour où a débuté le confinement.

Il existe en effet un certain consensus des experts autour du fait que l’échec est attribuable à ce qui s’est fait – et ce qui ne s’est pas fait – avant que le trio Legault/Arruda/McCann entre en jeu.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Danielle McCann passe du ministère de la Santé à celui de l’Enseignement supérieur.

L’échec, autrement dit, est dû à cette stratégie mise de l’avant par les fonctionnaires et hauts fonctionnaires de vider les hôpitaux pour être capable d’absorber le choc… en envoyant les patients dans les résidences pour aînés (une décision prise sans en parler au cabinet Legault). Et ce, même si la Colombie-Britannique décidait de faire l’inverse début mars.

Ajoutons à cela que la « machine » a tardé avant de prendre la menace suffisamment au sérieux pour évaluer les stocks d’équipements de protection. Il a fallu attendre la fin de février pour voir les premiers appels d’offres. Et ce, même si la Colombie-Britannique s’en est occupée dès janvier.

Résultat : on a dénombré jusqu’ici plus de 5400 décès au Québec… mais à peine 168 en Colombie-Britannique.

Pour faire image, disons que le général (le sous-ministre, patron de tous les fonctionnaires du réseau, incluant le DArruda, qui est sous-ministre adjoint) a envoyé des troupes sous-équipées à la mauvaise frontière.

Et quand il a réalisé que le champ de bataille était finalement ailleurs (ce qui est survenu le 10 avril, lorsqu’on a appris ce qui se passait au CHSLD Herron), il était déjà trop tard : l’ennemi avait pénétré les lignes de défense.

On résume bien évidemment le problème de manière simpliste, ici. D’autres facteurs sont venus hypothéquer la guerre qu’a livrée le Québec au coronavirus. Pensons à l’hypercentralisation du réseau par les libéraux, ou encore aux compressions qu’ils ont imposées aux directions de santé publique, entre autres. Pensons à la réticence du DHoracio Arruda à imposer le couvre-visage, même quand il est apparu que cette mesure était cruciale. Ou pensons au caractère archaïque des communications internes du gouvernement, qui transmet encore ses données par télécopieur et courrier.

N’empêche, à l’intérieur du war room ces derniers mois, ce sont les dysfonctions administratives de l’appareil étatique (notamment des indomptables bêtes que sont les CISSS et les CIUSSS) qui se sont révélées être les plus importants obstacles à la lutte contre la COVID-19.

Le cabinet Legault n’avait pas les bons chiffres au bon moment. Il pouvait s’écouler 10 jours avant qu’il sache réellement ce qui se passait sur le terrain. La gestion des tests était aussi approximative que la capacité de traçage.

De la même manière, personne n’avait cru bon commander des équipements de protection, préparer les employés des résidences pour aînés, s’assurer qu’ils ne se promènent pas d’un établissement à l’autre, ou encore, séparer des zones chaudes et froides dans les CHSLD alors que d’autres provinces l’avaient déjà fait.

On aura plus de détails dans les prochains mois grâce aux multiples enquêtes qui seront menées, mais une chose apparaît déjà claire : le réseau de la santé n’était pas prêt, et donc, son plus haut gestionnaire en a payé le prix.

La décision de sacrifier Mme McCann en même temps allait ensuite de soi : non seulement cette ancienne gestionnaire de CHSLD n’avait pas su contrer l’impréparation du réseau, mais elle en est trop proche pour s’assurer de le réformer pour la suite. Contrairement à Christian Dubé, habitué à redresser des organisations.

Dans les circonstances, cette décision est la bonne. Mais elle n’effacera pas le bilan catastrophique du Québec.