Se donner des cibles, ça ne coûte rien, et ça ne garantit pas non plus d’aller très loin.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Voilà pourquoi notre optimisme est particulièrement modéré face à l’ébauche du Plan de lutte aux changements climatiques du gouvernement caquiste, que La Presse a dévoilé jeudi dernier.

Il reprend la cible du précédent gouvernement, soit une baisse de 37,5 % des gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030. Or, lorsqu’on additionne les moyens, ils n’atteignent pas l’objectif. Et aucun mécanisme n’est prévu pour forcer le gouvernement à documenter l’impact de chaque projet sur les GES, et à faire un bilan annuel.

Rien de rassurant, et rien de neuf non plus.

Regardez les anciens gouvernements. Quand venait le temps de se donner un objectif, ils étaient fiers d’inscrire sur papier une belle grosse réduction des émission de GES. C’était facile, car en cas d’échec, ils n’en payeraient aucun prix – leur mandat serait terminé.

Par exemple, de 2013 à 2017, les émissions du Québec ont légèrement augmenté. Elles devaient pourtant baisser de façon constante pour atteindre les cibles de 2020 (- 20 %) et de 2030.

Le plan caquiste de lutte contre les changements climatiques devait être présenté en mars dernier. À cause de la crise sanitaire, il a été reporté à l’automne.

On le sait, au Québec, le problème de GES vient des transports. Les émissions de ce secteur ont augmenté de 23 % depuis 1990. C’est là que l’effort doit se faire. En réduisant l’auto solo, ainsi qu’en haussant la fréquentation des transports collectifs et le pourcentage de véhicules électriques.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

« Le problème de GES vient des transports. Les émissions de ce secteur ont augmenté de 23 % depuis 1990 » au Québec, écrit notre éditorialiste.

Si le plan caquiste ne suffit pas encore pour atteindre la cible de 2030, c’est parce qu’il n’adopte que les solutions populaires auprès de la base électorale du parti. Les choix exigeant du courage ont tous été laissés de côté.

Pour que 30 % des voitures soient électriques d’ici 2030, on renouvellerait le rabais à l’achat de ces véhicules verts. Or, cela coûterait cher – près de 12 milliards, selon le programme actuel. Et pourtant, l’effet sera limité si le parc automobile lui-même continue de croître, et si les véhicules à essence les plus populaires restent les VUS.

Il aurait été pertinent de forcer les constructeurs à offrir plus de véhicules verts, et d’interdire à moyen terme la vente de véhicules à essence. Et aussi d’adopter un bonus-malus fiscalement neutre, pour avantager l’achat de véhicules à essence à faible consommation, et décourager celui des plus gros.

La même faille se trouve dans la fréquentation des transports en commun. Les caquistes proposent maints nouveaux projets, ce qui est bien. La semaine dernière, ils ont aussi débloqué une aide d’urgence de 400 millions pour secourir les sociétés de transport en commun éprouvées par la crise sanitaire. Là encore, bravo.

Reste qu’il ne suffit pas d’annoncer de nouveaux projets sur papier. Il faut les construire puis financer leurs activités au quotidien par la suite. Or, les villes sont cassées. Une source de revenus paraît évidente : tarifier l’utilisation de l’automobile. Ce serait le bâton pour accompagner la carotte.

Bien sûr, cela enragerait l’électorat caquiste. Le gouvernement devrait lui rappeler un secret trop bien gardé : les automobilistes sont subventionnés. On le répète : subventionnés.

Ils coûtent plus cher à l’État qu’ils ne lui rapportent en taxes et autres frais, a déjà démontré Pierre-Olivier Pineau, directeur de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal.

Comme le précédent gouvernement libéral, les caquistes n’osent pas le faire.

Dans l’ébauche de leur plan, il y a un passage qui laisse particulièrement songeur. On y lit : « […] ne devrait-on pas avoir une cible légèrement supérieure (pour la fréquentation des transports collectifs) pour montrer un effet CAQ, surtout si on veut faire des projets supplémentaires ? ».

Difficile d’avoir une preuve plus évidente : changer une cible, cela se fait en un coup de crayon. Cela relève du marketing politique. Mais ce qui compte, ce sont les moyens.

Dans son plan, le gouvernement Legault ne pourra se contenter de cibles et d’intentions. Le fardeau lui revient de démontrer précisément comment il atteindra ses cibles, chiffres à l’appui.