A priori, on pourrait penser que l’épidémie de COVID-19 joue en faveur du discours de la droite populiste. N’est-ce pas la preuve par excellence du danger de la mondialisation et de la menace que représentent ceux qui franchissent des frontières trop perméables ?

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Pourtant, après quatre mois de pandémie, c’est plutôt la tendance contraire qui semble se dessiner.

En Autriche, le FPÖ, ou Parti de la liberté, qui a fait brièvement partie de la coalition gouvernementale en 2017, et restait jusqu’à récemment une force majeure dans le paysage politique autrichien, est aujourd’hui en pleine débandade. Les sondages ne lui accordent plus que 10 % des intentions de vote, contre 26 % il y a trois ans.

Depuis le début de la pandémie, le FPÖ se positionne comme le défenseur des libertés, et reproche au gouvernement écolo-conservateur de Sebastian Kurz d’en faire trop dans sa stratégie anti-coronavirus.

Sauf que l’Autriche a plutôt bien géré la crise et a été parmi les premiers pays européens à amorcer un déconfinement contrôlé.

Le gouvernement a gardé la confiance de la population. Et l’extrême droite prêche un peu dans le vide.

Le parti des Démocrates de Suède de Jimmie Akesson est également en chute libre. Lui dont la popularité, il n’y a pas si longtemps, avait dépassé celle des sociaux-démocrates actuellement au pouvoir, s’est retrouvé loin derrière, avec 21 % d’appuis, contre 29 % pour le parti social-démocrate.

La Suède a adopté une stratégie controversée face au coronavirus, en refusant le confinement généralisé. Ici, l’extrême droite a dénoncé le laxisme du gouvernement. Et il y a des raisons de s’inquiéter, puisque le taux de mortalité en Suède fracasse des records, comparativement aux pays voisins.

Pourtant, ce discours n’a pas fait mouche. Et le premier ministre Stefan Lövfen jouit de l’appui de 44 % des Suédois, contre seulement 27 % pour son rival d’extrême droite.

En Allemagne, l’AFD, mouvement anti-migrants et anti-Union européenne, reproche au gouvernement d’Angela Merkel de trop confiner. Résultat : ce parti qui constituait il n’y a pas longtemps la principale force d’opposition en Allemagne n’a plus que 10 % d’appuis.

Un autre populiste qui a piqué du nez est l’Italien Matteo Salvini, l’ancien ministre de la Ligue, le parti de droite originaire de Lombardie – région qui a été dévastée par la COVID-19.

La Ligue a décroché 34,4 % des voix aux élections européennes du printemps 2019. Elle ne récolte plus que 24 % des intentions de vote. Tandis que le premier ministre Giuseppe Conte, un indépendant, a vu sa popularité passer de 35 à 58 %.

Même phénomène en Espagne, autre victime de la pandémie, où le mouvement Vox a lui aussi perdu des plumes.

Est-ce parce que les populations, en temps de crise, ont tendance à se replier derrière les gouvernements, quels qu’ils soient ? Pas toujours…

Il n’y a qu’à regarder du côté du Brésil, où le président Jair Bolsonaro paie le prix politique de sa gestion chaotique de la pandémie – dont il continue à nier l’ampleur, envers et contre tous.

Encore récemment, on a vu Bolsonaro appuyer des manifestants qui réclamaient la fermeture du Congrès pour protester contre les politiques régionales de confinement !

PHOTO SILVIA IZQUIERDO, ASSOCIATED PRESS

Sur cette murale de Rio de Janeiro, le président du Brésil Jair Bolsonaro porte un masque protecteur sur lequel est écrit « covard » (lâche).

Résultat : son bateau prend l’eau de toutes parts. Lâché par ses alliés habituels, incluant les mouvements évangéliques, il voit sa cote de popularité fondre de 20 à 30 %. Au point que des analystes se demandent s’il survivra politiquement à cette crise.

Le portrait de l’opinion publique est beaucoup moins clair du côté des États-Unis, où Donald Trump a vu sa courbe de popularité monter puis redescendre depuis le début de l’épidémie, mais où il garde toujours ses appuis traditionnels.

Reste qu’on peut se demander ce qui explique cette fragilité des populistes de droite devant le coronavirus. Certains experts avancent que l’épidémie a tiré le tapis du discours anti-mondialiste sous les pieds de la droite. Les gouvernements n’avaient pas besoin d’eux pour barricader leurs frontières !

On note que les tribuns populistes, comme Matteo Salvini, manquent aujourd’hui cruellement… de tribunes. Finis les bains de foules et les joies des selfies.

Mais peut-être aussi – rêvons un peu – qu’en temps de grande incertitude, les populations ont tendance à chercher des discours rationnels, de la compétence et de l’expertise. Plutôt que de se laisser porter par les émotions primaires sur lesquelles soufflent les populistes.

Reste à voir comment cette tendance résistera au déconfinement… et au temps.