Le Québec, l’Ontario. Les deux provinces canadiennes les plus populeuses. Et aussi, les deux provinces les plus frappées par l’épidémie de COVID-19.

Agnes Gruda Agnes Gruda
La Presse

Cette semaine, le gouvernement Legault et celui de Doug Ford, en Ontario, ont annoncé leurs plans de déconfinement respectifs. Avec des approches diamétralement opposées.

Principale différence : le premier ministre Doug Ford a expliqué la démarche de déconfinement sans donner de dates précises. Il a plutôt énuméré les critères qui permettront de déclencher, le temps venu, la grande opération de réouverture.

PHOTO FRANK GUNN, LA PRESSE CANADIENNE

Le gouvernement de François Legault et celui de Doug Ford, en Ontario (photo), ont annoncé leurs plans de déconfinement respectifs.

Avant de déconfiner, l’Ontario devra avoir enregistré une baisse du nombre de cas pendant au moins deux semaines et une réduction du nombre d’admissions dans les hôpitaux.

Deux exigences cruciales tiennent à la capacité d’identifier et d’isoler les personnes infectées. Les autorités ontariennes veulent être en mesure de faire suffisamment de tests diagnostiques pour identifier rapidement les futures éclosions de COVID-19. Et elles veulent s’assurer de pouvoir retracer, dans un délai de 24 heures, 90 % des personnes qui ont croisé un malade.

Tant que cela ne sera pas possible, les écoles et les commerces non essentiels resteront fermés.

« Ce cadre n’est pas un calendrier, c’est une carte routière », a mis en garde le premier ministre Ford.

Une carte vers une route qui reste pour l’instant bloquée.

Pendant ce temps, Québec a commencé à rouler, lentement, sur la route du déconfinement.

Ouverture des écoles primaires à compter du 11 mai, sans fréquentation obligatoire. Ouverture des commerces et des entreprises manufacturières, ainsi que reprise des travaux d’infrastructures en phases successives d’ici au 25 mai.

Comme l’Ontario, le Québec a tenu compte de certains critères. L’épidémie semble se stabiliser, elle sévit surtout dans des lieux clos (les résidences pour aînés) et les hôpitaux sont en mesure d’absorber les nouveaux cas.

Les lieux de travail seront aussi aménagés pour limiter la contagion.

Mais la question du traçage des personnes potentiellement contaminées, absolument cruciale pour la suite des choses, n’apparaît pas, du moins pas ouvertement, sur l’écran-radar du Québec.

Mardi, le premier ministre Legault a réitéré que la levée progressive du confinement ne vise pas à générer une immunité collective. Tant mieux, car pour l’instant, rien ne prouve qu’une personne infectée devienne immunisée contre le coronavirus. Par conséquent, le retour graduel à une forme de normalité devra se faire en minimisant autant que possible les risques de contagion.

Les tests diagnostiques, ciblant en particulier les secteurs qui reprendront du service au cours des prochaines semaines, et des opérations massives de « retraçage » sont les deux meilleures armes pour déconfiner sans trop s’infecter.

C’est, selon les experts, la pierre angulaire d’une politique de contrôle de la transmission du virus. Pourquoi l’annonce des premières phases de déconfinement n’en tient-elle pas compte ? Pourquoi ne nous a-t-on rien dit à ce sujet ?

Le premier ministre Legault assure que le rythme des tests peut augmenter. Peut-on avoir plus de détails à ce sujet ? Seront-ils accessibles aux enseignants qui retourneront en classe ? Aux élèves ? À leurs parents ? À ceux qui ont des symptômes ? Ceux qui n’en ont pas ?

Quant aux « chasseurs de COVID », ceux qui traquent les personnes potentiellement contaminées, ils sont de mieux en mieux organisés, nous assure-t-on.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

« Le premier ministre Legault assure que le rythme des tests peut augmenter. Peut-on avoir plus de détails à ce sujet ? », demande Agnès Gruda.

Ils sont maintenant une centaine à Montréal à bûcher pour joindre ceux qui ont croisé le chemin des centaines de malades qui s’ajoutent chaque jour au bilan de l’épidémie de COVID-19. Un travail colossal qui aurait intérêt à être mieux documenté.

Car, pour l’instant, leur capacité à remonter la filière du coronavirus reste floue. Combien de temps pour joindre et isoler les « contacts » des malades ? On ne le sait pas.

Sans se jeter aveuglément dans la gueule du loup, le Québec avance un peu à tâtons sur le chemin du déconfinement. Ce qui crée, on le comprend, beaucoup d’anxiété.

Avec des données plus précises, il serait en tout cas plus facile de rassurer les parents qui voient l’arrivée du 11 mai avec appréhension. Plus facile aussi de les convaincre que le Québec émerge de son hibernation les yeux grands ouverts.