Dans le Bas-Saint-Laurent, on commence à faire preuve d’impatience quant à la durée du confinement. C’est ce qu’on rapportait dans nos écrans il y a quelques jours, en précisant qu’aucun nouveau cas de COVID-19 n’a été signalé dans cette région depuis maintenant deux semaines.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

À ce stade-ci de la crise, on se demande, dans certaines régions moins touchées par le virus, pourquoi on doit respecter des consignes aussi strictes qu’à Montréal. Le plan qui sera présenté la semaine prochaine par Québec apportera vraisemblablement des réponses à ces questionnements.

Mettons par contre les choses au clair : se croire invincible parce qu’on a été jusqu’ici relativement épargné serait très imprudent. Ce virus est sournois.

Avec cette épidémie, le passé n’est pas nécessairement garant de l’avenir.

Le Bas-Saint-Laurent ou d’autres régions où le nombre quotidien de nouveaux cas est très bas et s’est stabilisé – comme la Gaspésie voisine – ne sont pas à l’abri pour autant d’une éventuelle flambée.

Le nombre de résidants immunisés est assurément plus faible dans ces régions. La vigilance est de mise. Il est important d’entamer la sortie du confinement, mais attention, nos régions sont fragiles ! D’autant que la population peut y être sensiblement plus âgée que celle de l’ensemble du Québec.

Le défi des prochaines semaines va donc être de faire rimer impatience avec prudence. 

Comment ? Il n’y a pas 36 000 solutions : il va falloir s’inspirer de ce qui a fonctionné jusqu’ici.

L’exemple du Bas-Saint-Laurent est riche d’enseignements. La direction de santé publique de cette région a identifié quatre facteurs principaux qui ont contribué au succès de la lutte contre le virus.

 – Les mesures de distanciation sociale et autres recommandations ont été en général suivies avec rigueur (la faible densité de population a bien sûr joué un rôle).

 – L’accès à la région a été restreint par Québec au bon moment. Seuls les déplacements essentiels sont permis depuis la fin du mois de mars.

 – Les équipes de la santé publique ont été d’une efficacité redoutable : on n’a jamais hésité à tester et on a déployé d’importants efforts pour dépister tous ceux qui auraient pu être en contact avec chaque cas.

 – Les résidences pour aînés n’ont pas été touchées.

Tirer des leçons de cette expérience pour éviter les dérapages à l’avenir, ça signifie plusieurs choses. D’abord, qu’avec la fin du confinement, la Santé publique va devoir travailler encore plus fort pour limiter la propagation du virus en identifiant les cas potentiels et tous ceux qu’ils auraient pu contaminer.

Ça veut aussi dire que tout le matériel pour effectuer le nombre de tests nécessaires doit être disponible; Québec devra y voir.

Ensuite, le système de santé doit être prêt à faire face à d’importantes éclosions, dans les CHSLD par exemple. L’improvisation serait difficile à justifier.

Enfin, les citoyens ne doivent surtout pas baisser la garde. « Notre défi va être de faire comprendre que le virus n’est pas disparu, qu’il est très virulent et très contagieux », a déclaré le directeur de santé publique du Bas-Saint-Laurent, Sylvain Leduc, qui nous a livré les détails de cette feuille de route.

Horacio Arruda a d’ailleurs répété cette semaine que les personnes les plus vulnérables devraient demeurer confinées plus longtemps que les autres.

Une autre question importante se pose toutefois : si la fermeture des régions a été si efficace, faut-il vraiment les rouvrir dès qu’on va donner le feu vert à la sortie du confinement ?

Il serait peut-être plus sage de faire preuve de prudence et d’y aller, comme pour le reste, en s’inspirant d’un mot dont s’est entiché François Legault depuis quelques jours : « graduellement ».