Face à l’intensité de la tempête qui balaie les CHSLD, le Québec a besoin de bras.

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Ce message, le premier ministre François Legault le martèle quotidiennement. Il a été jusqu’à faire appel aux médecins spécialistes, les priant de laisser leurs patients pour aller combattre au cœur du cyclone, dans ces résidences où les aînés meurent par centaines. Mercredi, incapable de répondre aux besoins urgents des CHSLD, il a même appelé en renfort un millier de soldats sans formation médicale.

Pourtant, pendant ce temps, des dizaines de paires de bras prêts à servir depuis le début de la crise sont restées tendues dans le vide.

Des médecins diplômés à l’étranger et établis au Québec aimeraient mettre leurs compétences au service de la lutte contre l’épidémie de COVID-19. Plusieurs ont déjà réussi les examens qui leur permettent de faire reconnaître leurs diplômes, et attendent l’ultime étape devant mener à leur intégration à la profession médicale : un stage de résidence.

Ces médecins n’ont pas encore leur permis de pratique. Mais ils ont emmagasiné des connaissances fraîches, connaissent le système médical québécois et sont prêts à servir.

En Allemagne, les autorités médicales ont lancé un appel aux médecins d’origine étrangère — puisant notamment parmi les réfugiés syriens arrivés en 2015. Même s’ils n’ont pas encore d’accréditation professionnelle, une application mobile les met en contact avec des cliniques ou des résidences pour aînés où leurs compétences peuvent s’avérer utiles — même si elles n’ont pas encore été dûment certifiées en Allemagne.

Ces médecins venus d’ailleurs sont appelés à prodiguer des soins de base, mais aussi à réaliser des tests diagnostiques ou encore à retracer les gens qui ont été en contact avec des personnes infectées.

Les responsables estiment que ces « bras » médicaux apportent une contribution importante, d’autant plus que de nombreux médecins allemands sont frappés par le virus.

De son côté, l’Ordre des médecins et des chirurgiens de l’Ontario accorde depuis le mois de mars des permis de pratique temporaire de 30 jours, potentiellement renouvelables, à des médecins formés à l’étranger, pour travailler comme « médecins assistants ». Pour l’instant, une dizaine de médecins seulement ont pu répondre à l’appel. Mais enfin, il y a une porte ouverte.

Au Québec, dès le 13 mars, des médecins en attente de résidence ont proposé leurs services pour différentes tâches, notamment de nature épidémiologique (le « retraçage » de personnes potentiellement infectées), qui auraient exigé un assouplissement des conditions d’entrée habituelles dans la profession médicale. Semblable au modèle ontarien, cette offre est jusqu’à maintenant restée sans réponse. Cinq semaines plus tard, Québec se dit « non fermé » à l’idée, mais « pas encore là… » Tandis que le Collège des médecins du Québec s’y oppose.

Et pourtant.

Il y a actuellement au moins une centaine de médecins ayant obtenu leur équivalence de diplôme (donc réussi leurs examens de qualification) qui attendent une place de résident. Plusieurs d’entre eux se sont inscrits sur le site #jecontribue et attendent un appel qui tarde à venir.

D’autres envisagent de s’enrôler… en Ontario. D’autres, enfin, espèrent toujours un aménagement pour pouvoir servir au meilleur de leurs compétences sur le « front » anti-COVID au Québec.

En bénéficiant d’un assouplissement exceptionnel des barrières d’entrée à la profession médicale, ces médecins venus d’ailleurs pourraient donner des soins de base dans les CHLSD, relever les médecins épuisés ou malades, répondre aux questions des familles qui ont des proches malades à la maison. Ces médecins sont quand même mieux habilités à intervenir auprès des centaines de malades dans les résidences pour aînés ravagées par le coronavirus que des soldats bien intentionnés, mais sans aucune qualification médicale !

Et même une fois que l’incendie des résidences pour aînés sera éteint, ces médecins en attente pourraient jouer un rôle de premier plan en prêtant main-forte au dépistage et au retraçage de cas d’infection, au moment où le Québec sortira progressivement de la torpeur du confinement.

Comme le dit l’infectiologue et ex-député Amir Khadir, qui appuie cette initiative, « aucune cartouche ne doit être mise de côté » actuellement.

D’ailleurs, Québec vient de conclure une entente avec 1200 infirmières diplômées à l’étranger, ayant fait valider leurs diplômes, mais en attente de stages professionnels, qui ont tous été suspendus à cause de la crise. Elle seront appelées à travailler comme préposées auprès de patients. On ne peut qu’applaudir à l’initiative — qui pourrait aussi inspirer un geste envers les médecins diplômés hors Canada !

L’Allemagne a fait appel à ces médecins en attente de droit de pratique, l’Ontario aussi. Aucune raison pour que Québec ne suive pas cet exemple.