On dit souvent que le bon voisinage se perd, surtout en ville, où la densité n’est pas nécessairement synonyme de proximité. On peut être physiquement proche de son voisin, tout en ignorant son nom.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Or si la ville éloigne les gens, on peut dire que la COVID a eu l’effet inverse en lisant vos réponses à mon dernier appel à tous où je vous invitais à raconter les gestes de générosité et de solidarité dont vous avez été témoins.

L’entraide spontanée entre voisins semble être l’une des conséquences positives de la pandémie. Comme si elle nous éveillait à la présence du voisin qui se trouve à côté, et surtout à ses besoins.

PHOTO EDUARDO MUNOZ, REUTERS

Anniversaire d'un garçon de 5 ans, pendant la pandémie, à South Orange, au New Jersey

Dans mon propre immeuble, un « post-it » est apparu à côté de l’ascenseur pour offrir « à qui que ce soit qui en a besoin » de l’aide pour faire l’épicerie, promener le chien ou même garder les enfants. Une initiative comme on en voit beaucoup depuis quelques semaines.

« Je veux souligner l’aide que ma fille Anne-Marie apporte à ses voisines d’appartement, écrit Lisa Leclerc. Elle est factrice à Postes Canada et fait donc partie des services essentiels, et pourtant, elle trouve toujours le temps d’aider les personnes isolées en confinement par sa disponibilité, son beau sourire et sa gentillesse. C’est un ange ! »

Josiane Archambault est restée abasourdie lorsqu’elle est revenue de voyage avec son mari, Normand, au jour 1 du confinement.

« Évidemment, personne à l’aéroport pour nous accueillir au retour d’une croisière. Puis une fois à la maison, nous avons ouvert le frigo où, surprise !, se trouvait une quiche, du fromage, du jambon, du lait, des œufs et du pain ! Cette attention ainsi que toutes les autres qui ont suivi, nous les devons à notre voisine Maud ! »

Même étonnement pour Diane Bérubé à son retour d’Espagne. Exténuée, en quarantaine, elle a bien tenté de faire son épicerie en ligne, mais comme bien des gens, elle s’est butée à des délais de livraison exceptionnels.

« Le téléphone a sonné et mon voisin m’a demandé si je voulais faire une épicerie en ligne, raconte-t-elle. Je ne comprenais pas. Puis il m’a répondu : je suis à l’épicerie, vas-y, dis-moi ce dont tu as besoin. Je commence par l’allée des légumes !

« J’ai alors pu faire ma première épicerie “en ligne” ! », se réjouit-elle.

Vos nombreuses réponses à l’appel à tous ont aussi eu le mérite de lever le voile sur une réalité dont on a peu entendu parler, mais qui vous touche tout particulièrement : celle des proches des « anges gardiens », qui se mettent à leur service pour leur permettre d’être à leur meilleur sur la ligne de front.

Appelons ça la réalité des gens qui aident ceux qui aident…

« Mon fils est en télétravail à la maison avec deux ados confinés eux aussi, écrit Jean Bisaillon. En plus de son travail, il doit s’occuper d’à peu près tout, car son épouse travaille dans un CHSLD. Elle arrive tard le soir et son souper et son lunch du lendemain doivent impérativement être prêts, car elle arrive brûlée de sa journée et doit remettre ça dès le jour suivant ! »

D’autres mettent leur expertise au service des gens qui se dévouent sur le terrain. « Ma belle-sœur, Murielle Sichez, est travailleuse autonome à la barre d’une start-up qui se spécialise dans des collectes de fonds écologiques, écrit Simon Miville-Deschênes. Elle a décidé de se diversifier en cette période de crise : elle a engagé une couturière locale pour la conception de masques lavables pouvant accueillir un médium filtrant. Et elle a fait don de masques au personnel d’un CHSLD ainsi qu’à une soixantaine d’autres familles, amis et voisins. »

Et il y a toutes sortes d’autres situations qui vous ont émus pour leur caractère exceptionnel, ou simplement touchant.

Jeanne Laberge, par exemple, qui se réjouit d’avoir reçu un appel de sa députée, Isabelle Melançon, qui voulait savoir si elle allait bien. Diane Racine qui se réjouit de « la patience et la courtoisie des automobilistes envers les piétons » en ces temps surréels. Et France Michaud qui salue l’entraîneur de soccer de son fils qui réunit des jeunes de 10 ans pour une séance de sport virtuelle.

« Trois fois par semaine, les jeunes s’habillent avec leurs uniformes et font les exercices proposés par le coach. Cela leur donne un horaire, garde une certaine discipline et entretient le contact avec l’équipe. Merci, Hernan ! »