François Legault a entièrement raison d’affirmer que le Québec se doit d’être plus autonome sur le plan de la production alimentaire. La crise nous force à réfléchir à ce qui est essentiel et à la façon dont nous dépendons des autres – ou pas – pour l’obtenir. Et ça ne concerne pas seulement les équipements médicaux.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Nos gouvernements se posent déjà les bonnes questions pour l’après-crise. Il serait crucial, cependant, qu’ils commencent par régler rapidement les problèmes auxquels notre industrie alimentaire fait déjà face.

Notre sécurité alimentaire est fondamentale en temps de crise. Et les signaux d’alarme se multiplient ces jours-ci.

 – On a notamment appris que les producteurs laitiers ont dû se débarrasser au cours des deux dernières semaines de près de cinq millions de litres de lait (même après en avoir donné plus de deux millions de litres aux banques alimentaires). Ce serait désolant en temps normal, ça l’est encore plus dans les circonstances.

 – On a vu que des transformateurs ont dû fermer leurs portes temporairement (de l’abattoir d’Olymel, en Mauricie, à l’usine de produits de la mer E.-Gagnon et fils, à Sainte-Thérèse-de-Gaspé) parce que certains de leurs employés ont été infectés par le virus.

 – Le sort des producteurs agricoles, à court terme, est très préoccupant. Plusieurs se demandent s’ils auront assez de main-d’œuvre au cours des prochaines semaines, tout particulièrement pour les récoltes.

Dans ce dossier, la décision d’Ottawa à la mi-mars de donner le feu vert à la venue des travailleurs étrangers temporaires au pays était, dans les circonstances, éclairée.

Quelque 16 000 devraient, en temps normal, venir prêter main-forte aux producteurs agricoles du Québec. Cela dit, il est loin d’être certain qu’ils seront tous au rendez-vous. Parmi ceux qui devaient déjà être ici, plusieurs n’ont pas encore pu décoller. C’est compréhensible, mais très préoccupant. N’oublions pas, par ailleurs, que ceux qui vont y parvenir ne pourront pas travailler pendant au moins deux semaines, car ils seront mis en quarantaine.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

« L’aide offerte par nos gouvernements ne sera pas suffisante… si les acheteurs ne sont pas au rendez-vous », note Alexandre Sirois.

Déjà, le problème n’est plus uniquement théorique. Il a commencé à avoir un impact mesurable sur la production annoncée dans certains secteurs, explique-t-on à l’Association des producteurs maraîchers du Québec.

Les producteurs de légumes dont la récolte dépend davantage de la main-d’œuvre (et moins de la machinerie) ont décidé de réduire en moyenne de 20 % le nombre de plants en serre. On parle ici de chou-fleur, de brocoli, de laitue, etc.

Et dans quelques semaines, une autre décision, encore plus cruciale, devra être prise. Les producteurs devront décider combien ils transfèrent de plants dans les champs.

Disons-le : tant à Québec qu’à Ottawa, on semble prendre la mesure des problèmes qui menacent notre industrie alimentaire à court terme. On est à la fois à l’écoute et en mode solution.

À preuve, les révélations de notre collègue Joël-Denis Bellavance, qui affirme aujourd’hui qu’Ottawa devrait annoncer sous peu une aide financière pour des producteurs agricoles et entreprises agroalimentaires qui veillent à la mise en quarantaine des travailleurs étrangers.

Sans soutien, orchestrer cette quarantaine serait un méchant (et coûteux) casse-tête pour les acteurs du secteur agro-alimentaire qui ont besoin de ces travailleurs. Et étant donné les possibilités de contamination, il n’y a pas de place pour les demi-mesures.

Nos élus devront par ailleurs proposer rapidement un plan B si un trop grand nombre manque à l’appel, ce qui risque fort d’être le cas. Des travailleurs d’ici devront être déployés en renfort. Et des incitatifs devront être mis de l’avant. Un peu comme Québec vient de le faire pour certains travailleurs essentiels.

Vous savez fort bien, toutefois, que toute l’aide offerte par nos gouvernements ne sera pas suffisante… si les acheteurs ne sont pas au rendez-vous.

La solidarité de tout un chacun depuis le début de la crise est exemplaire. Elle devra continuer de se manifester au cours des prochains mois, même là où l’entraide n’est généralement pas ce qui nous vient à l’esprit du premier coup… par exemple dans la section des fruits et légumes de votre épicerie préférée !