À regarder la carte du Grand Montréal dans le budget caquiste, il y a de quoi rêver.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Elle est quadrillée de nouveaux projets de transports collectifs : de possibles prolongements du REM et du métro ou de nouveaux tramways à Montréal, Laval et Longueuil. Mais, justement… Pour l’instant, ce n’est qu’un rêve. Ces projets n’existent que sur papier.

Certes, il faut saluer le chemin parcouru. Dans l’opposition, la Coalition avenir Québec parlait peu d’environnement. Avec son nouveau budget, c’est le contraire. L’environnement est le seul sujet qui fait l’objet d’un cahier spécial. Les caquistes ciblent le transport en priorité pour réduire les gaz à effet de serre. Ils proposent sept nouveaux projets structurants : trois à Montréal (axes sud-ouest, nord-est et est), un à Laval (tronçon du REM est-ouest), deux à Longueuil (axe du boulevard Taschereau et prolongement de la ligne jaune) et un pour relier le REM à Chambly.

Reste que ces projets sont seulement inscrits « à l’étude ». Soit la première étape, avant celles de la planification puis de la réalisation. Dans le passé, de beaux projets sont longtemps restés ainsi à l’étude avant d’être finalement abandonnés.

Pourtant, les caquistes ont déjà procédé plus rapidement. À titre de comparaison, pour le troisième lien routier entre Lévis et Québec, ils ont sauté l’étape de l’étude pour passer immédiatement à la planification. Pourquoi ne pas avoir manifesté cet empressement, par exemple, pour prolonger la ligne orange de deux stations à Côte-Vertu afin de la raccorder au REM ?

Bien sûr, il fallait commencer quelque part. En lançant tous ces projets, le gouvernement Legault se met lui-même de la pression.

Il en met aussi sur l’Autorité régionale de transport métropolitain, qui devra préciser les projets à réaliser et dans quel ordre les faire.

En plus de donner un élan, les caquistes ajoutent aussi leur couleur. C’est positif quand ils veulent desservir l’est de Montréal où ils projettent de décontaminer les terrains industriels afin d’y attirer des entreprises. Mais cela laisse songeur quand ils veulent prolonger le REM vers Chambly, ce qui risquerait surtout d’accélérer l’étalement urbain.

Contrairement à la promesse électorale, les investissements en routes dépassent encore ceux en transports collectifs. À la décharge du gouvernement Legault, la majorité des sommes prévues pour les routes sont en travaux d’entretien et certains ajouts de tronçons sont en région comme sur la Côte-Nord, où ils sont nécessaires. Si on ne regarde que les nouveaux projets, il y en a plus pour le collectif que pour le routier.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre des Finances, Eric Girard, a présenté mardi le deuxième budget du gouvernement de la Coalition avenir Québec.

La CAQ n’a tout de même pas perdu ses vieux réflexes – elle étudie aussi des prolongements ou des élargissements d’autoroutes comme pour l’A13 et l’A30.

Historiquement, un des gros problèmes en transports collectifs est l’extrême lenteur de la réalisation des projets. Les caquistes promettent de réviser la gestion des projets pour les accélérer. On ne demande qu’à le voir !

Toutefois, le gouvernement Legault aurait pu aussi régler un autre problème structurel : les villes payent toutes les dépenses de fonctionnement des transports collectifs alors qu’elles ne payent rien pour les autoroutes. Elles ont donc davantage tendance à réclamer des routes « gratuites » au lieu de payer des autobus.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et désengorger les routes, le gouvernement caquiste pose maintenant le bon diagnostic et il ne manque pas d’ambition. Il ne reste plus qu’à passer à la prochaine étape. Avec la faiblesse des taux d’intérêt et la menace d’un ralentissement économique, c’est le moment d’investir.