Il était une fois des écoles sans fenêtres…

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Eh oui.

Car, voyez-vous, la tendance était à l’architecture brutaliste à l’époque. Et « les autorités » pensaient qu’un élève qui regardait dehors était un élève distrait, inattentif, oisif. « Dans la lune », disait-on alors.

Ah ! Mais le monde a changé depuis, vous dites-vous ! C’est une époque révolue que tout ça !

Oui. Et non.

Oui, le monde a changé depuis et on a compris que les écoliers ont plutôt besoin d’une fenestration abondante, de lumière naturelle, d’espaces aérés et généreux, autant de choses qui augmentent leur concentration, leur motivation et leurs notes.

Mais, en même temps, non, tout n’a pas changé, hélas. 

Les mentalités ont beau avoir cheminé, ça ne veut pas dire que le gouvernement, qui finance la construction d’écoles au Québec, a évolué, lui.

À preuve, ces écoles flambant neuves qui ont poussé dans certaines banlieues ces dernières années, toutes pareilles, toutes dans le même moule. Parce qu’on s’est dit que d’acheter les plans déjà dessinés de l’école bâtie un peu plus loin coûterait moins cher… comme si des bâtiments préfabriqués pouvaient faire l’affaire. Peu importe l’environnement. Peu importe les besoins des élèves à cet endroit.

PHOTO STEPHANE BRUGGER

L’école Sans-Frontières, à Saint-Jérôme

Ou prenez l’école Saint-Gérard, dans Villeray, qui a ouvert ses portes il y a trois ans à peine. La firme FSA architecture avait eu la bonne idée de faire mieux, d’ajouter un toit vert dans les plans, une fenestration imposante, un atrium baigné de lumière, etc.

Or, tout ça a été abandonné, parce que ça ne rentrait pas dans les petites cases des fonctionnaires à Québec. Et aujourd’hui, l’intérieur de cette école toute neuve ressemble à n’importe quelle boîte à sardines des années 70.

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Donc oui, le monde a changé, mais ceux qui prennent les décisions n’en ont pas fait autant. D’où l’importance de cette annonce faite cette semaine par le gouvernement Legault, qui promet « une nouvelle génération d’écoles ».

Enfin.

On a bien vu de magnifiques bâtiments scolaires pousser ces dernières années à Québec (école de la Grande-Hermine), Saint-Jérôme (école Sans-Frontières), Boischatel (école Boréal) et ailleurs. Mais ce n’est certainement pas la règle, plutôt l’exception.

PHOTO STÉPHANE GROLEAU

L’école de la Grande-Hermine, à Québec

Or, ce sera maintenant l’inverse : grâce aux principes directeurs que se fixe le gouvernement, les futures écoles devront être dotées de fenêtres qui permettent une utilisation maximale de la lumière naturelle, d’aires communes invitantes et de cours d’école qui font la part belle au jeu et à la nature.

Précisément ce que recommandent les études. Une d’entre elles, par exemple, a révélé que les notes s’amélioraient de plus de 20 % dans les salles de classe éclairées par la lumière naturelle.

C’est énorme ! Et ça confirme l’effet important que l’environnement d’apprentissage peut avoir sur l’apprentissage.

Et ça montre aussi, par l’absurde, l’effet néfaste des bunkers de béton sur le rendement scolaire des tout-petits.

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Petit bémol, toutefois, avec l’annonce de mardi dernier. Le gouvernement a choisi la voie de la facilité… qui pourrait, si on n’est pas vigilant, rimer avec banalité et uniformité.

Rappelons-nous qu’aux dernières élections, la promesse de François Legault était d’« organiser un concours d’architecture pour chaque nouvelle école bâtie ». Une promesse limpide qu’on a finalement choisi d’abandonner 17 mois plus tard.

C’est malheureux. Car les projets réalisés par voie de concours contribuent à élever les critères de qualité en design, ce que le Québec a confirmé ces dernières années en imposant cette voie pour toute construction de bibliothèque.

Résultat : des bâtiments magnifiques, plus distinctifs, originaux et accueillants les uns que les autres.

PHOTO STÉPHANE GROLEAU

L’école de la Grande-Hermine, à Québec

Les futures écoles pourraient être aussi surprenantes à la faveur du nouveau guide dévoilé cette semaine, en optant pour de grandes fenêtres, de l’aluminium en façade et du bois naturel à l’intérieur.

Mais il existe aussi un risque qu’elles se ressemblent les unes les autres. Qu’elles se déclinent sur un même mode à la grandeur de la province, sans ancrage dans le milieu où elles voient le jour. Surtout que ce gouvernement prêt à décliner son nationalisme à toutes les sauces a cette drôle d’idée d’imposer une couleur commune à toutes les écoles : le « bleu fleurdelisé »…

Il faudra donc être vigilant. Demander à un grand nombre de firmes d’architectes de mettre la main à la pâte. Miser sur l’originalité. Oser sortir du cadre.

Autant de choses que permet certainement le nouveau guide et ses principes directeurs, mais sans l’imposer.

Cela dit, ne boudons pas notre plaisir. Il s’agit d’un grand pas en avant… surtout si on en profite pour ajouter des fenêtres à celles qui en manquent.