Qu’ont en commun les mots obstacle, parenthèse et dinosaure ?

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Ils peuvent tous être utilisés pour décrire Andrew Scheer, qui vient d’annoncer sa démission à regret, vraisemblablement parce qu’on commençait à lui montrer la porte avec un peu trop d’insistance.

Une parenthèse…

C’est la meilleure façon de décrire l’ère Andrew Scheer chez les conservateurs. Ce n’est pas une surprise. C’était, d’une certaine façon, écrit dans le ciel avant même qu’il ne devienne le chef de sa formation politique.

Rappelons-nous : il a remporté la course à la direction du Parti conservateur, en mai 2017, par dépit. Les grosses pointures conservatrices (Peter MacKay, Jason Kenney, Brad Wall) avaient préféré passer leur tour.

On estimait à l’époque que les chances de vaincre le gouvernement libéral du populaire Justin Trudeau après un seul mandat étaient pratiquement nulles.

Le problème, c’est que l’étoile du premier ministre libéral a pâli rapidement. Et les conservateurs ont commencé à prendre au sérieux l’idée qu’Andrew Scheer, qui n’avait pourtant pas l’étoffe d’un joueur étoile, puisse mener son parti à la victoire.

Obstacle…

Malgré les ratés de la campagne de Justin Trudeau, Andrew Scheer n’a pas été à la hauteur.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Le leader de l’opposition officielle a annoncé sa démission jeudi dans un discours à la Chambre des communes.

Les résultats de son parti au Québec et en Ontario l’ont amplement démontré. Ils ont, en fait, confirmé ce que de nombreux conservateurs craignaient et prouvé que le chef était un obstacle au succès du parti.

Dinosaure…

Soyons honnêtes, il en a parfois eu l’air. On le pense même au sein de son propre parti.

Andrew Scheer a effarouché les conservateurs les plus modérés, notamment en raison de ses positions sur certaines questions sociales fondamentales, comme ses tergiversations au sujet de l’avortement, qui lui ont assurément fait mal au Québec. Son refus d’accorder à l’urgence climatique le sérieux qu’elle mérite a aussi eu, de toute évidence, un effet repoussoir.

On comprend d’ailleurs, ces jours-ci, alors que l’ancien ministre conservateur John Baird est en train de faire l’autopsie de la défaite conservatrice, que ce dernier ne sera pas tendre au sujet d’Andrew Scheer. La colère contre lui est palpable – et possiblement à la source des révélations d’hier au sujet de l’aide financière offerte par le parti pour payer les droits de scolarité de ses enfants – et légitime.

Le fait que le chef démissionnaire ait profité de son discours d’hier pour lancer un appel à l’unité est donc révélateur à la fois de son échec électoral et des défis qui attendent le prochain chef du parti.

Assurer la cohésion de la formation politique, née d’un grand compromis entre les progressistes-conservateurs et les réformistes de l’Ouest, devra être la priorité absolue du successeur d’Andrew Scheer.

Stephen Harper y était parvenu, mais après son départ, le ciment s’est fissuré.

Il y a fort à parier que l’enjeu sera au cœur de la prochaine course à la direction du parti.

Mais ça ne sera pas suffisant pour permettre à la formation politique de redorer son blason et de renouer avec la victoire. Elle est également mûre pour débattre des idées qu’elle souhaite défendre. Elle ne peut plus se permettre, par exemple, de garder la protection de l’environnement dans son angle mort. Un renouveau s’impose.

On devra aller plus loin que simplement promettre qu’un gouvernement conservateur « va vivre selon ses moyens et mettre plus d’argent dans vos poches », argument central de la campagne d’Andrew Scheer.

Précisons enfin que le prochain chef devra être en mesure d’exposer clairement les politiques du parti avec autant d’aisance en français qu’en anglais. Des élus québécois l’ont souligné hier. Ils ont raison.

Le successeur d’Andrew Scheer aura beau être plus modéré et plus charismatique, s’il n’est pas bilingue, on voit mal comment il pourrait espérer ravir les sièges québécois que les conservateurs convoitaient cette année. Ces gains potentiels risquent fort de faire partie des conditions gagnantes pour un retour au pouvoir du parti à l’issue du prochain scrutin.