De « l’hystérie antirusse » ? Le régime de Vladimir Poutine a joué hier les vierges offensées à la suite de la décision d’exclure la Russie pour quatre ans des Jeux olympiques.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

La sanction est sévère, mais elle n’a absolument rien à voir avec une quelconque paranoïa ou un complot antirusse, comme l’a soutenu à tort le premier ministre Dmitri Medvedev.

Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Le régime russe a été l’artisan de son propre malheur.

Pendant des années, la Russie a triché, triché et encore triché.

Et ce n’est que lorsqu’elle a été prise la main dans le sac (saluons le courage du lanceur d’alerte Grigory Rodchenkov, qui a permis de comprendre à quel point le dopage était érigé en système dans ce pays) qu’elle a accepté, acculée au mur, de fournir les données du laboratoire antidopage de Moscou l’an dernier.

C’est à cette condition que l’Agence mondiale antidopage avait alors mis fin à l’exclusion de la Russie, pensant enfin pouvoir faire la lumière une fois pour toutes sur ce scandale et punir les coupables.

PHOTO ISSEI KATO, ARCHIVES REUTERS

Les cérémonies de fermeture des Jeux olympiques de Sotchi, en février 2014

Il s’agissait d’une solution de compromis hautement controversée. Les autorités russes auraient dû comprendre qu’elles avaient tout avantage à s’y conformer avec empressement et rigueur.

Mais là encore, la Russie a triché ! Les données en question ont été altérées, a conclu l’Agence mondiale antidopage.

C’est cette ultime effronterie qui a poussé le comité de révision de la conformité de l’agence à recommander, le mois dernier, une série de sanctions qui ont mené à la décision rendue hier.

Visiblement, le pouvoir russe s’était habitué à la politique du laisser-faire à son égard, qui fut la norme pendant trop longtemps dans le dossier du dopage au sein du mouvement olympique.

On est véritablement, ici, face à un cas de dopage d’État, pratiqué avec arrogance et camouflé avec mépris. L’Agence mondiale antidopage n’avait pas le choix : il fallait sévir, de façon ferme et dissuasive. D’autant plus qu’elle avait trop longtemps fait preuve de laxisme.

Si elle avait décidé de passer l’éponge une fois de plus, elle aurait à la fois échoué à « protéger les athlètes propres et l’intégrité du sport » et mis en péril sa propre légitimité. Après tout, à quoi sert un chien de garde qui ne peut pas mordre ?

Au cours des dernières années, la crédibilité des Jeux olympiques a été entachée et des athlètes — y compris, on le sait, des Canadiens — ont été lésés. Tenter de mettre la Russie au pas n’était pas une simple option, mais une obligation.

L’Agence mondiale antidopage aurait-elle dû aller plus loin et punir l’ensemble des athlètes russes ? C’est ce que divers athlètes canadiens ont soutenu hier, déçus d’apprendre que les sportifs russes jugés « propres » ne seront pas punis. Ceux-ci pourront en effet participer aux compétitions internationales au cours des prochaines années, sous drapeau « neutre ». C’est ce qui s’était produit lors des Jeux d’hiver de PyeongChang l’an dernier.

Cette décision est pourtant compréhensible. On évite de faire des victimes collatérales et on se trouve à envoyer le signal aux Russes qu’on ne veut pas punir leur pays, seulement les tricheurs.

Cela étant dit, voyons voir comment la décision sera mise en œuvre. La tricherie ayant été érigée en système, il ne sera pas nécessairement facile de déterminer qui sont les athlètes qui n’ont pas trempé dans cette machination.

Il ne faudrait surtout pas être fermes sur les principes, mais souples dans leur application. Ce serait aussi embarrassant qu’injuste pour les autres athlètes.

Mais d’abord, voyons voir ce que dira le Tribunal arbitral du sport auprès de qui la Russie fera appel de la décision rendue hier par l’Agence mondiale antidopage. Ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini, on aurait tort de l’oublier.

Il faut toutefois espérer que les responsables russes de ce fiasco viennent de se rendre compte que leur pays ne peut pas faire fi des règles du jeu impunément. Et qu’ils vont enfin comprendre que la tricherie a assez duré.