Des chambres plus grandes, climatisées. Des aires communes invitantes. Des menus appétissants. Des soins mieux adaptés.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Il n’y a pas à dire, les maisons des aînés, dont la ministre Marguerite Blais a annoncé la création mardi, promettent d’être le nec plus ultra des centres d’hébergement pour personnes âgées. Mais à quel prix ?

Mme Blais a annoncé qu’un budget de 2,6 milliards a été prévu pour la construction ou la rénovation de 5100 unités. La moitié de celles-là seront de nouvelles places dans une quarantaine de centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) version 2.0, soit les nouvelles maisons des aînés et les maisons alternatives destinées aux moins de 65 ans. Selon la ministre, elles seront prêtes avant 2022.

L’autre moitié se trouvent dans 25 CHSLD vétustes qui seront remis à niveau. Les soins qui y seront prodigués ressembleront à ceux fournis dans les maisons des aînés, promet la ministre. Pour cette partie des travaux, il n’y a pas encore d’échéancier.

Avec ces chiffres en main, ça ne prend pas la tête à Papineau pour faire le calcul. Le coût de construction pour chaque place atteindra 500 000 $, un chiffre confirmé par le bureau de la ministre. Ouch !

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

La ministre Marguerite Blais lors d’une visite d’un CHSLD de Lévis, en février dernier

C’est 40 % plus cher que les plus récentes unités en CHSLD construites dans la province. L’écart avec le privé est encore plus grand. Il est difficile de faire une comparaison exacte, puisque les résidences privées s’adressent à une autre clientèle, mais si on décortique deux annonces de projets récents à Gatineau et à Victoriaville de Sélection Retraite, la construction neuve revient à environ 200 000 $ par unité.

***

Les nouvelles places annoncées par la ministre répondent à la majeure partie des besoins immédiats. Il manque actuellement un peu plus de 3000 places dans les CHSLD de la province pour accueillir les personnes qui ont besoin des services et des soins qui y sont fournis.

Cependant, ce chiffre n’est que la pointe d’un iceberg qui s’approche des rives du Saint-Laurent à grande vitesse : le vieillissement de la population. Une étude de l’Université Laval conclut que si le Québec conserve son modèle actuel de soins pour les personnes âgées, la province devra créer 3040 places de plus par année pour les 40 prochaines années. Au coût proposé actuellement, on parle d’une dépense de 60,8 milliards sur 40 ans. Une fortune, en d’autres termes.

La ministre Blais, qui a mis tout son cœur dans l’élaboration du projet annoncé mardi, dit vouloir faire des maisons des aînés la nouvelle norme de la province.

Or, en regardant les coûts associés, on se demande si le gouvernement auquel elle appartient vient de découvrir que le Québec est assis sur des gisements pétroliers équivalents à ceux de la Norvège.

Sinon, il faut alors se demander si le beau projet annoncé par la ministre Blais n’aura pas une portée limitée se limitant à la réalisation d’une promesse électorale.

PHOTO SÉBASTIEN BOZON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

La ministre Marguerite Blais a annoncé qu’un budget de 2,6 milliards a été prévu pour la construction ou la rénovation de 5100 unités.

À court terme, le projet semble enthousiasmant, mais à long terme, la création de ces nouvelles maisons des aînés risque de devenir un casse-tête pour le gouvernement comme le sont les centres de la petite enfance (CPE) en ce moment, pour lesquels il y a plus de demandes que d’offres. Qui seront les quelque 2600 heureux élus qui auront accès aux nouvelles Cadillac des soins de longue durée sur un nombre total de 40 000 personnes hébergées en soins de longue durée ? On peut déjà imaginer que ça jouera du coude. Que les listes d’attente seront longues.

S’il est permis d’avoir des doutes, donc, quant à la pérennité de ce nouveau modèle, on peut dire cependant que le projet est bâti sur une bonne idée. Celle de donner des milieux de vie agréables et adaptés aux personnes âgées et handicapées plutôt que de les condamner à vivre dans un milieu hospitalier pour le restant de leurs jours.

Trouver le modèle économique qui permettra de passer de l’idée à la réalité pour tous sera un immense défi des prochaines années.