Ça ne pourra pas continuer indéfiniment ainsi.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

À moyen et à long terme, Montréal ne réussira plus à financer la pourtant nécessaire expansion de ses transports collectifs. Le problème à venir est simple : les dépenses de fonctionnement et d’entretien vont bondir, tandis que les revenus risquent de baisser. Tout cela alors que la dette dépasse désormais le seuil permis par la politique officielle de la Ville*.

Lundi, la mairesse Valérie Plante a présenté un budget peu économe. La hausse des dépenses est de 8,1 % et elle s’ajoute aux hausses significatives des deux années précédentes (5,2 % et 4,3 %).

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La mairesse Valérie Plante a présenté le budget 2020 de la Ville de Montréal.

En grattant, on réalise toutefois que Mme Plante ne remplit pas la carte de crédit pour payer des caprices. Cette année, la majorité de l’augmentation des dépenses vient du paiement de la dette (64 millions) ainsi que d’un paiement comptant non récurrent pour rembourser des projets d’immobilisation (190 millions). La mairesse a aussi retardé des investissements (400 millions) afin de ne pas alourdir encore plus la dette.

Dans les prochaines années, notre métropole devra investir encore plus pour entretenir et bonifier ses infrastructures afin d’aider ses citoyens à se déplacer dans l’île. Ce sera à la fois nécessaire et financièrement insoutenable.

Il faudra donc trouver de nouvelles sources de revenus pour financer les projets de transports collectifs.

On sous-estime le problème structurel. En effet, il a été masqué par des aides non récurrentes. En mars dernier, le fédéral a bonifié, pour cette année seulement, le Fonds de la taxe sur l’essence. Et le gouvernement caquiste a signé un chèque exceptionnel de 150 millions pour aider la Ville à rembourser des dettes. À cela s’ajoute une aide spéciale de 399 millions d’ici 2021 pour les transports collectifs dans le Grand Montréal.

Dans deux ans, ces chèques ne reviendront plus. Ce sera un retour en arrière pour les revenus. Sans oublier que les recettes de la taxe sur l’essence fondront à cause des véhicules électriques.

Pendant ce temps, les dépenses vont grimper. Montréal s’apprêtera à implanter des services rapides par bus (Pie-IX et Côte-Vertu), de nouvelles stations de métro sur la ligne bleue, de nouveaux ascenseurs pour les personnes à mobilité réduite et 17 nouveaux wagons Azur, en plus d’un ajout net de 465 autobus et de nouveaux garages pour les entreposer.

Tout cela est nécessaire et même non suffisant. D’ailleurs, on salue l’ambition de Mme Plante, qui haussera l’offre de service de 5 % cette année. C’est la moindre des choses si on veut atteindre nos cibles de fréquentation des transports collectifs (passer de 25 à 35 % de la part totale des déplacements d’ici 2031).

Reste que cela fera grimper les coûts de fonctionnement et d’entretien. Il est là, le gros problème de Mme Plante. Et la dette étant déjà élevée, la marge de manœuvre est faible.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

« La mairesse Valérie Plante a présenté un budget peu économe », juge notre éditorialiste.

Montréal ressemble à une personne qui a reçu en héritage une belle maison, mais qui réalise que ses revenus ne suffissent plus pour en payer les travaux. Et en plus, la maison doit être agrandie, car l’espace manque.

Si on se préoccupe des finances de Montréal et de la région métropolitaine, il faut troquer sa loupe pour des jumelles afin de bien voir la crise à l’horizon. La solution passe par un meilleur partage des coûts de financement des transports collectifs.

Les usagers paient déjà une part significative des coûts (27 % de la facture). Leurs moyens sont aussi limités — le tiers d’entre eux ont un revenu familial inférieur à 30 000 $.

Il ne reste donc pas beaucoup d’options… Le financement additionnel devra venir de Québec et d’Ottawa ainsi que des automobilistes. Car si la congestion baisse, eux aussi en profiteront.

* Cette année, le ratio dette nette/revenus dépasse 100 %. Il atteindra 109 % en 2020.