Il est peut-être trop tôt pour parler d’un virage, mais les choses sont peut-être (enfin) sur le point de s’améliorer de façon notable à Montréal dans le dossier de la sécurité des piétons.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

L’annonce de la mairesse au sujet de l’ajout de feux piétons lundi matin est un bon exemple de cette progression. Il y a trois ans, la Ville avait dit adhérer à la Vision zéro en matière de sécurité routière. Objectif : zéro mort et zéro blessé grave sur les routes.

Mais jusqu’ici, il y avait surtout de très bonnes intentions et trop peu de mesures à la fois concrètes et majeures. C’est de moins en moins le cas.

On vient de promettre de doter tous les feux de circulation de la métropole de feux piétons. Il était plus que temps, convenons-en, puisque 1300 intersections (sur 2300) n’en avaient pas encore pour l’ensemble de leurs feux. N’empêche, il faut le souligner.

On a aussi décidé de reprogrammer le décompte numérique des feux afin d’accorder plus de temps aux piétons pour traverser. On ajoutera, dans la plupart des cas, de quatre à six secondes. On offrira aussi un délai supplémentaire dans des endroits stratégiques. Autour des écoles primaires ou des hôpitaux, par exemple.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

« Les conditions semblent réunies pour que la situation… continue de se dégrader, écrit Alexandre Sirois. Sauf si l’on prend des mesures pour l’en empêcher. »

La Ville a compris qu’elle devait délier les cordons de la bourse si elle voulait avoir un réel impact. Elle va donc investir près de 60 millions au cours des trois prochaines années pour ce projet.

C’est tout sauf de l’argent jeté par les fenêtres. Et ce n’est pas non plus un trop gros sacrifice à demander aux automobilistes, compte tenu des circonstances.

Il y a encore trop de piétons qui meurent à Montréal à la suite de collisions et trop de blessés graves. Et depuis quelques années, rien n’indique que la situation va en s’améliorant. Au contraire…

On a appris avec consternation que 2018 fut la plus meurtrière des cinq dernières années à Montréal pour les piétons, avec 18 morts. Et voici qu’on vient de franchir ce cap en 2019 : vendredi dernier, un dix-neuvième piéton a été tué.

Le nombre de blessés graves n’est pas non plus en baisse. Il y en a eu 87 en 2018, contre 78 l’année précédente.

Sécuriser l’ensemble des intersections n’est pas suffisant, c’est vrai. C’est néanmoins un pas dans la bonne direction. On aurait pu souhaiter, à l’instar de l’opposition officielle, que ça se fasse plus vite. La Ville se donne de cinq à huit ans pour y arriver, sous prétexte que les ressources humaines ne sont pas au rendez-vous ; il n’y aurait pas, notamment, assez d’ingénieurs disponibles.

Il reste qu’avec ce geste, l’administration municipale envoie le signal qu’elle prend le dossier au sérieux. D’autant plus qu’elle avait déjà annoncé, au cours des derniers mois, un programme de sécurisation aux abords des écoles et la mise sur pied d’une équipe d’analyse post-collision mortelle.

Il existe depuis mars dernier un plan d’action Vision zéro et on a désormais une équipe consacrée à sa mise en œuvre. On a aussi mobilisé de nombreux partenaires (la STM, la SAAQ, Piétons Québec, etc.). Certains témoignent d’un changement de culture à la Ville. Voyons voir, maintenant, si l’administration municipale tiendra ses promesses dans un délai raisonnable.

D’autres mesures seront par ailleurs nécessaires pour compléter ce virage. 

Et elles ne sauraient être pleinement efficaces sans une meilleure cohabitation et sans un changement de mentalité des usagers de la route. Tout particulièrement les automobilistes.

À preuve, un exemple saisissant : notre journaliste Nicolas Bérubé a récemment démontré que les conducteurs qui s’arrêtent aux passages protégés pour piétons constituent l’exception plus que la règle.

On va le répéter : ce n’est qu’un début. Notre métropole est encore pensée avant tout pour les automobilistes, le nombre de véhicules ne cesse d’augmenter, tout comme leur dimension, alors que la population est vieillissante et, donc, plus vulnérable. Et que dire de la place qu’occupent les téléphones intelligents dans nos vies et de leur effet sur les risques de collisions  ?

En somme, les conditions semblent réunies pour que la situation… continue de se dégrader. Sauf si l’on prend des mesures pour l’en empêcher. C’est pourquoi se réclamer de l’approche Vision zéro ne peut que se traduire par davantage de moyens d’action et cesser d’être une simple stratégie de communication.