Les militants de Québec solidaire ne se sont pas ennuyés lors de leur congrès au cégep Édouard-Montpetit. En deux jours, ils ont fait profession de foi souverainiste et commencé à planifier l’accession du Québec à l’indépendance, un processus qui débuterait dès le lendemain de leur élection.

Laura-Julie Perreault Laura-Julie Perreault
La Presse

Dans leur élan, les militants du parti de gauche semblent cependant avoir perdu le contact avec la réalité.

En prenant connaissance du plan adopté le week-end dernier, on a l’impression d’être dans un scénario de science-fiction. Le 3 octobre 2022, Québec solidaire, qui a actuellement 10 députés, est élu gouvernement majoritaire du Québec. Dès qu’il prend le pouvoir, il met sur pied une assemblée constituante qui a pour objectif d’écrire une Constitution du Québec. Cette assemblée est indépendante et consulte la population de la province en entier. Les Premières Nations et les Inuits sont une partie intégrante du processus.

Pendant que le processus constitutionnel suit son cours, le gouvernement dirigé par Québec solidaire ferait des « gestes de rupture » avec le reste du Canada. Dans cette période dite « transitoire », le gouvernement provincial abolit notamment le siège de lieutenant-gouverneur, prend le contrôle des ports, impose des taxes supplémentaires aux entreprises polluantes et devient le seul gouvernement à prélever les impôts des contribuables de la province, en prenant soin d’en envoyer une partie à Ottawa.

Lorsque la Constitution est prête, un référendum a lieu. Son acceptation par les électeurs mène à la création d’un nouveau pays. Les Premières Nations, satisfaites d’avoir été parties prenantes de la rédaction du document, se rallient au projet. Le nouveau pays se dote d’une armée féministe qui défend ses frontières. Fin du scénario élaboré par les 600 militants de Québec solidaire.

On ne peut pas les accuser de manquer d’imagination. Une imagination nourrie en partie par les anciens militants d’Option nationale. Ce congrès était l’occasion de fusionner encore davantage les idées des deux partis qui ne font qu’un depuis 2017. Le résultat est déroutant.

La pensée magique semble tenir une place importante dans cet agenda des plus ambitieux.

Québec solidaire veut s’arroger des pouvoirs fédéraux ? Pas de problème. Ça créera peut-être « quelques tensions » avec Ottawa, disent les porte-parole, mais bon, ça se fera après avoir adopté des lois au Québec.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Les co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé

On voit déjà aussi comment la création d’une assemblée constituante ne passerait pas comme une lettre à la poste. Qui y serait représenté et qui en serait absent ? On peut s’imaginer à l’avance que ceux qui n’auraient pas voté pour Québec solidaire lors des élections et qui sont contre l’accession à l’indépendance resteraient bien loin du processus, lui enlevant une partie de sa légitimité.

Les porte-parole de Québec solidaire estiment que la consultation des Premières Nations pendant l’écriture d’une Constitution fera disparaître comme par magie les questions de partition après la tenue d’un référendum. C’est oublier que les Premières Nations tiennent tout autant que les souverainistes à leur droit de décider avec quels États elles veulent s’associer. Et à leur propre autodétermination.

En regardant de plus près, on se demande bien à qui cette feuille de route du parti de gauche est vraiment destinée.

Certainement pas au grand public. Les plus récents sondages effectués auprès des Québécois ne démontrent pas de grand appétit souverainiste. Plus de la moitié d’entre eux pensent même que l’idée de l’indépendance est dépassée, une statistique qui a peu changé depuis le début des années 2000.

Donc, Québec solidaire semble s’être doté d’un programme qui ne s’adresse qu’à une frange de ses propres militants. Un programme qui va sans doute rassurer les membres d’Option nationale qui ont joint le bateau. Mais le tout risque de faire peur à pas mal d’électeurs qui, autrement, partagent les idées du parti de gauche en matière d’environnement, de diversité, de réconciliation avec les peuples autochtones et de lutte contre les abris fiscaux. Tant pis pour ceux-là.