Quand l’opposition accuse le gouvernement de cacher des bonnes nouvelles, c’est signe que ce dernier ne fait pas trop mal son travail…

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Jeudi, le ministre des Finances, Eric Girard, a encore une fois dévoilé des surplus budgétaires. Mais on ne peut pas lui reprocher d’avoir été exagérément prudent dans ses projections. Tout comme on ne peut pas l’accuser de distribuer des bonbons aux familles.

C’est une mise à jour responsable que le ministre a présentée.

Il s’en est tenu, pour l’essentiel, à devancer des promesses déjà connues pour aider les familles tout en conservant un généreux coussin en prévision du prochain ralentissement économique.

Les surplus doivent être remis en perspective.

Pour 2018-2019 et 2019-2020, le Québec enregistrera un excédent plus élevé que prévu (respectivement de 2,3 et de 2,2 milliards). Certes, le ministère des Finances a tendance à sous-estimer ses revenus. Mais cette fois, la moitié du surplus vient des faibles taux d’intérêt – les experts prévoyaient une hausse, mais l’inverse s’est produit.

Les surplus n’ont donc pas tout à fait été cachés par le gouvernement et ils ne seront pas éternels.

Quand on prend un peu de recul, le portrait se nuance. Selon des simulations de la Chaire en fiscalité de l’Université de Sherbrooke, la bonne performance du Québec provient surtout du contexte passager et elle ne durera pas. Selon ces chercheurs, le Québec risque de retomber en déficit structurel l’année prochaine. À cela s’ajoute le spectre d’un ralentissement économique qu’on n’en finit plus de prédire. Sans oublier que même si la dette du Québec diminue depuis 2013, elle demeure au deuxième rang des plus élevées des provinces.

Cela remet en perspective la mise à jour économique de M. Girard.

Le ministre a annoncé des nouvelles mesures qui coûteront 857 millions cette année. C’est raisonnable et cohérent avec sa promesse de redonner de l’argent aux familles.

Le gouvernement caquiste bonifiera l’allocation familiale. Le montant par enfant augmente et il sera désormais le même pour un deuxième ou un troisième enfant. Ajoutons que cette aide est plus généreuse pour les familles aux revenus modestes.

De plus, les caquistes mettent fin à la regrettable modulation des tarifs en garderie décrétée par le gouvernement Couillard. Cette mesure libérale se voulait progressiste, mais elle rompait une promesse, en plus d’être complexe et d’inciter des parents à migrer vers un service de garde de qualité inférieure. Les caquistes reviennent au tarif unique.

Autre annonce judicieuse faite hier : M. Girard cesse de taxer la maladie en plafonnant les tarifs de stationnement des hôpitaux (10 $ au lieu de 24 $). Et il confirme aussi le petit coup de pouce additionnel promis aux enfants handicapés nécessitant des « soins exceptionnels ».

On se réjouit aussi que M. Girard n’accélère pas l’harmonisation prévue de la taxe scolaire.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

« On peut saluer le discernement du ministre Eric Girard », écrit notre éditorialiste.

Les caquistes veulent la ramener partout au plus bas niveau. Or, cette mesure ne profite qu’aux propriétaires et particulièrement aux plus riches, en plus de retirer une source de financement consacrée à l’éducation. S’il y avait un engagement à ne pas précipiter, c’était celui-là.

Dans l’ensemble, pour 2019-2020, le surplus final prévu (après versement au Fonds des générations) sera donc de 1,4 milliard. M. Girard s’est ainsi gardé un peu d’argent pour le prochain plan d’action sur les changements climatiques et (même s’il n’ose pas le dire) pour les négociations avec le secteur public. À cela s’ajoutent les sommes à récupérer chez les médecins, qui retourneraient aux autres employés du secteur de la santé.

Et pour les années suivantes ? À partir de l’année prochaine, les surplus auront fondu, prévoit le ministre. Pour contrer un choc économique, il pourra toutefois compter sur la réserve de stabilisation, qui s’élève désormais à 12 milliards.

Bien sûr, il est facile de bien paraître quand on gère l’abondance… On peut tout de même saluer le discernement de M. Girard. Avec des promesses réalisées à un rythme raisonnable, des projections prudentes et des coussins pour la prochaine crise, sa mise à jour économique réussit à trouver le bon équilibre.