Après son élection, François Legault promettait de « ne pas gouverner pour les lobbys ». Il a une très belle chance de le prouver avec le dossier de la consigne. Et ce, tout en montrant que l’environnement le préoccupe bel et bien.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

En matière de déchets, il y a de quoi être préoccupé. Par exemple, chaque année, 700 millions de bouteilles d’eau en plastique se retrouvent à la poubelle au Québec. On répète : 700 millions.

Il y a une solution bien connue pour les récupérer et les recycler : la consigne. L’ancien ministre de l’Environnement Thomas Mulcair l’a proposé d’ailleurs en… 2005. Une décennie plus tard, son successeur David Heurtel a repris le même projet. Mais chaque fois, la réforme a avorté. On connaît la raison : le sabotage du lobby des embouteilleurs. Le Québec a connu des ministres de l’Environnement bien intentionnés, mais ils ont fini par reculer.

Un modèle d’affaires ahurissant continue ainsi de se maintenir : des multinationales vendent aux Québécois une eau équivalente à celle qui coule dans leur robinet tout en remplissant les dépotoirs de plastique. Ce n’est pas un modèle très emballant.

Il n’y a pas que les bouteilles en plastique qui finissent ainsi dans les dépotoirs. C’est le cas aussi de la majorité des bouteilles non consignées en verre (comme le vin) et celles en multicarton.

Heureusement, cela pourrait changer.

Québec fonctionne encore avec le vieux plan d’action de gestion des matières résiduelles, qui date de 2011. Le ministre de l’Environnement, Benoit Charrette, a promis d’en déposer un nouveau cet automne. Il étudie entre autres l’imposition de la consigne pour augmenter le taux de récupération et de recyclage des bouteilles.

À l’initiative de Québec solidaire, l’Assemblée nationale a aussi mené l’été dernier une commission parlementaire sur le recyclage. Dans leur rapport, les élus ont recommandé d’élargir la consigne et d’augmenter la responsabilité des producteurs et la traçabilité des bouteilles. Même la Société des alcools du Québec a mis fin à sa croisade contre la consigne – elle ne s’y oppose plus, à condition de ne pas devoir récupérer les bouteilles dans ses succursales.

Bref, les astres semblent enfin s’aligner. Sans surprise, le lobby des producteurs recommence donc à s’agiter dans les coulisses. Comme le révélait la semaine dernière notre collègue Denis Lessard, les pressions s’intensifient pour que le ministre Charrette recule.

PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Chaque année, 700 millions de bouteilles d’eau en plastique se retrouvent à la poubelle au Québec.

On connaît la stratégie de l’industrie. Au lieu de la consigne, elle propose de sensibiliser la population, de poser des bacs spéciaux de récupération dans les lieux publics et d’investir dans les centres de tri pour trouver de nouvelles technologies permettant de recycler le verre et les autres matériaux.

L’innovation technologique est bien sûr importante, mais elle ne suffit pas. Pour que les gens récupèrent les bouteilles sans les contaminer, il y a une solution particulièrement efficace : la consigne.

Pour s’en convaincre, on n’a qu’à regarder dans les autres provinces canadiennes. À l’exception du Manitoba, elles recourent à la consigne et ça fonctionne.

Acculé au mur, le lobby ressort la menace de pertes d’emplois ou de problèmes économiques. Si leur rentabilité dépend du droit de polluer gratuitement, on est loin du développement durable…

En principe, en finançant Éco Entreprises Québec ainsi que les collectes de municipalités, les producteurs sont censés couvrir les coûts de leurs déchets. Mais les fonds ne suffisent pas, a démontré en commission parlementaire l’Union des municipalités du Québec. Et même si le financement était adéquat, cela ne changerait rien au fait que ce système échoue à recycler suffisamment de bouteilles.

Le gouvernement Legault répète qu’il ne cédera pas aux lobbys et qu’il protégera l’environnement. Le recyclage lui offre une occasion parfaite de le prouver.