Les électeurs ont choisi non pas un parti pour gouverner le pays, hier, mais bien des partis qui devront trouver le moyen de travailler ensemble.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Un choix tout à fait conscient.

La campagne qui s’est terminée hier était en effet un véritable concours d’impopularité. Quasiment tous les chefs souffraient d’une opinion majoritairement défavorable au lancement des hostilités. Particulièrement Justin Trudeau.

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Et cela s’est dégradé tout au long de la campagne pour les deux grands partis susceptibles de former le gouvernement, dont les appuis ont baissé ces dernières semaines. Les libéraux ont baissé. Les conservateurs ont baissé. Preuve que les chefs des grandes formations ont tous les deux déçu.

Les électeurs québécois, en bon nombre, ont ainsi fait le choix d’accorder leur vote à un parti qui ne pouvait prendre le pouvoir, le Bloc québécois. Façon de se protéger des libéraux et de leur envoyer un message en même temps.

La place croissante qu’ont prise les formations secondaires dans les dernières semaines est liée à la très bonne performance d’Yves-François Blanchet et, dans une moindre mesure, de Jagmeet Singh. Mais elle montre surtout le désenchantement qui a accompagné les mauvaises campagnes d’Andrew Scheer et de Justin Trudeau.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Un des sondages les plus éclairants des dernières semaines, réalisé par la firme Innovative Research pour le compte du magazine Maclean’s, a révélé que peu importe leur affiliation politique, pas moins de 40 % des Canadiens préféraient l’élection d’un gouvernement minoritaire !

Du côté des sympathisants conservateurs, 12 % souhaitaient que leur parti prenne la tête d’un gouvernement minoritaire. Et chez les libéraux, près d’un quart des partisans (22 %) souhaitaient que Justin Trudeau remporte une minorité de sièges au Parlement.

Leur message : on n’a pas pleinement confiance…

Pas de chèque en blanc, donc, ni à l’un ni à l’autre.

Si bien que le Canada se lève aujourd’hui avec le 14e gouvernement minoritaire de son histoire. Un gouvernement libéral, grâce notamment à la faiblesse du chef conservateur et probablement au ralliement du vote progressiste à la dernière minute.

Un gouvernement fort dans les circonstances, mais qui sera néanmoins sous surveillance, qui devra mettre de l’eau dans son vin, qui devra transiger avec le NPD ou les autres formations.

Bref, les Canadiens ont redonné un mandat aux libéraux… mais non sans se procurer une police d’assurance contre leurs excès, leurs dérapages, leurs dérives éthiques, etc.

C’est évident un peu partout au pays, mais ce l’est plus encore au Québec, où les électeurs ont vraiment profité de la campagne pour se faire une tête sur Justin Trudeau et son premier mandat. Et nombre d’entre eux ont choisi de retirer leur appui aux libéraux pour le confier au Bloc avec le mandat de les avoir à l’œil.

Pas très étonnant quand on se rappelle les positions et les histoires qui l’ont mis en contradiction avec l’électorat québécois. Pensons à l’horrible version française de sa chanson de campagne. À sa position sur la Loi sur la laïcité de l’État (loi 21). À ses deux avions qui contredisaient ses engagements verts, etc.

Justin Trudeau peut donc s’estimer chanceux d’avoir été réélu. Mais son statut minoritaire montre que c’est sans enthousiasme.