Mine de rien, c’est une véritable petite révolution qui se prépare en santé au Québec. Les patients qui rencontreront une infirmière praticienne spécialisée (IPS) pourront régler davantage de problèmes avec elle, et auront moins souvent besoin de revenir voir un médecin pour le même problème. Il était temps !

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Diagnostiquer des maladies courantes, déterminer des traitements, remplir un formulaire pour la SAAQ (Société de l’assurance automobile) ou la CNESST (Commission de la santé et de la sécurité au travail) : autant d’activités que les IPS québécoises sont parfaitement capables d’exercer, mais dont on leur a toujours restreint l’accès – quand ce n’est pas carrément interdit. Plus pour longtemps, heureusement.

PHOTO VICTOR J. BLUE, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Les infirmières praticiennes spécialisées québécoises étaient, jusqu’à tout récemment encore, les seules au pays à ne pas pouvoir poser de diagnostics.

Le projet de loi déposé par la ministre de la Santé Danielle McCann mercredi assène le coup final à ce mur, invisible mais incroyablement résistant, qui se dresse entre les patients et les IPS depuis l’arrivée de ces dernières dans les soins de première ligne. 

Soyons clairs. Si l’on parle aujourd’hui d’une révolution, ce n’est certainement pas à cause du caractère innovant du changement. Ce que Québec permettra bientôt aux IPS se pratique depuis longtemps dans le reste du Canada, et ce, sans danger pour les patients. Au contraire, ceux-ci peuvent être vus plus rapidement, que ce soit par une IPS ou par un médecin de famille libéré de plusieurs problèmes mineurs.

Si l’affaire a pris des allures de révolution, c’est seulement en raison de la résistance que les IPS ont dû affronter pour pouvoir, tout simplement, faire leur boulot. 

Rappelons que les IPS québécoises étaient, jusqu’à tout récemment encore, les seules au pays à ne pas pouvoir poser de diagnostics.

Elles pouvaient amorcer un traitement pour un problème courant, ainsi que pour six maladies chroniques, mais dans ce dernier cas, le patient devait revoir un médecin dans les 30 jours. Résultat : des pertes de temps pour les patients, et des rendez-vous superflus que les médecins auraient pu offrir à des malades ayant réellement besoin de leur expertise.

Le conseil d’administration du Collège des médecins, sous la pression combinée des infirmières, d’une partie de ses membres, de la ministre de la Santé et de l’opinion publique, a fini par céder en février dernier. Mais que d’efforts pour en arriver là ! Et on ne peut même pas parler d’une avancée, puisqu’il s’agissait en fait de corriger une absurdité.

Ce qui est prévu dans le projet de loi, par contre, est une véritable avancée. En autorisant les IPS à « diagnostiquer les maladies courantes » ainsi qu’à prescrire des médicaments et des traitements, Québec ouvre grand une porte qui, jusqu’ici, n’était qu’entrebaîllée. Mais cette porte ouverte, c’est aussi, et surtout, la perspective d’un meilleur accès pour les patients. Ça ne videra pas la liste d’attente pour un médecin de famille, mais si ça peut permettre à ceux-ci de prendre un peu plus de patients, et à ces patients d’être vus plus rapidement, ce sera déjà un gain appréciable, et qui se fera davantage sentir à mesure que de nouvelles IPS viendront s’ajouter. 

On remercie la ministre McCann d’avoir mené ce projet de loi à bon port, mais le travail n’est pas encore terminé. Le diable est dans les règlements et les définitions. Il faudra notamment éviter que l’expression « maladie courante », qui risque de faire l’objet de vive discussions, ne se retrouve pas emprisonnée dans une définition trop restrictive qui, une fois de plus, une fois de trop, limiterait l’accès des patients aux compétences des IPS.