Allons-y pour le plus grand cliché électoral. Tout. Est. Possible.

François Cardinal François Cardinal
La Presse

Tout est en effet possible en ce mercredi matin, alors que Justin Trudeau s’apprête à déclencher les élections fédérales.

Les sondages révèlent une course archiserrée à la faveur d’une remontée récente des libéraux. Aucun enjeu ne s’est imposé au point d’éclipser les autres. Et personne n’a encore écrit la fameuse « question de l’urne ».

Beaucoup d’incertitudes donc, au moment où démarrent les autocars de campagne… mais une chose est certaine : il s’agira d’un véritable concours d’impopularité entre les chefs.

La firme Angus Reid a publié un sondage il y a quelques jours qui montre à quel point les électeurs s’apprêtent en effet à voter non pas pour le meilleur candidat… mais pour celui qui leur déplaît le moins.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Tous les chefs, sauf un, souffrent d’une opinion majoritairement défavorable.

La proportion d’électeurs qui perçoivent Jagmeet Singh négativement s’élève à 51 %.

Andrew Scheer est à 52 %, tandis que Maxime Bernier est à 60 %.

Quant à Justin Trudeau, il est à... 63 % d’avis défavorables !

La seule femme à la tête d’un parti est la seule qui peut se vanter d’une opinion un brin moins dure : Elizabeth May, à 42 %.

Ça fait tout de même beaucoup d’avis défavorables pour un éventail de chefs aussi large, avec des styles et des engagements aussi diversifiés !

PHOTO CHRIS WATTIE, ARCHIVES REUTERS

« Tout est possible en ce mercredi matin, alors que Justin Trudeau s’apprête à déclencher les élections fédérales », écrit François Cardinal.

Plus accablant encore : quand Angus Reid calcule le « score d’opinion net » des chefs (« net favorability score », c’est-à-dire qu’on soustrait les opinions défavorables des opinons favorables), il réalise qu’aucun candidat ne réussit à obtenir une note positive !

Elizabeth May obtient un score de 0 % (42 % pour, 42 % contre).

Andrew Scheer est à -14 %, tandis que Jagmeet Singh est à -19 %.

Quant à Justin Trudeau, il nage dans les bas-fonds avec Maxime Bernier : les deux candidats ont des notes respectives de -32 % et -43 % !

Dure, dure, la politique…

Et rien de ce qu’on a vu jusqu’à maintenant dans la précampagne électorale ne nous incite à croire que la cote de popularité des chefs va augmenter d’ici le 21 octobre. Bien que les deux meneurs se soient engagés à piloter une campagne propre et positive, ils ont déjà fait mentir leur propre promesse.

L’équipe Trudeau a déterré une vieille vidéo de son rival en 2005, dans laquelle il s’opposait au mariage de même sexe (même si de nombreux libéraux y étaient tout aussi opposés à l’époque).

Tandis que l’équipe Scheer a orchestré une vidéo de 12 secondes filmée lors du Grand Tintamarre en Acadie, alors que les deux hommes se croisent au même événement. Au moment où ils se serrent la main, le chef conservateur lui lance : « vous devez cesser de mentir aux Canadiens ! »

Rien de bien édifiant dans ces stratégies qui montrent que la campagne sera redoutable.

Surtout que les deux partis les plus susceptibles de former le gouvernement sont vraiment à égalité (34 % pour les conservateurs contre 33 % pour les libéraux, selon Abacus).

Et juste derrière, la bataille s’annonce tout aussi rude pour le meilleur troisième. Les verts semblent avoir le vent dans les voiles même s’il ne semble pas évident que cela se transformera en un grand nombre de sièges.

Le chef du NPD a l’avantage d’être sous-estimé, comme Trudeau en 2015, mais il commence à se faire tard.

Tandis que le Bloc peut espérer puiser dans le sentiment nationaliste qui s’exprime au Québec ces temps-ci.

Bref, une campagne électorale excitante s’amorcera aujourd’hui au pays. Une campagne dont on ne sait encore rien, sinon qu’elle couronnera… le « moins pire » des chefs.

Consultez le sondage de l’Institut Angus Reid (en anglais)