Considéré comme une avenue attrayante pour les fumeurs qui souhaitent arrêter de consommer du tabac, le vapotage a bénéficié d’une grande latitude depuis son arrivée sur le marché nord-américain.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Hélas, cette logique vertueuse a créé un paravent propice au développement de multiples effets indésirables, dont la consommation chez les jeunes et la commercialisation de produits illégaux soupçonnés de causer de graves problèmes de santé. Il est plus que temps d’y voir.

Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, s’est fait servir cette médecine après avoir déclaré que « personne ne devrait utiliser des produits de vapotage jusqu’à ce qu’on sache de quoi il en retourne ». 

« Confondre les cigarettes électroniques avec des drogues de rue incitera probablement des centaines de milliers de vapoteurs new-yorkais, dont beaucoup n’ont jamais utilisé de produits illicites contenant du THC, à recommencer à fumer des cigarettes après des années d’abstinence », a répliqué la New York State Vapor Association dans un communiqué, hier.

Qu’importe si le commissaire à la santé de l’État a lui aussi pressé les New-Yorkais de cesser de vapoter jusqu’à ce que l’enquête sur les cas recensés un peu partout aux États-Unis fournisse des éclaircissements.

Et qu’au moins cinq morts et 450 cas de maladies pulmonaires sont soupçonnés d’être reliés au vapotage dans une trentaine d’États américains.

Et que l’usage de la vapoteuse a bondi d’au moins 75 % chez des élèves du secondaire, aux États-Unis comme au Canada.

L’important, c’est de se rappeler que ces appareils, qu’ils soient en forme de cigarettes, de crayons-feutres ou de clés USB, peuvent aider des fumeurs à s’abstenir du tabac, n’est-ce pas ?

Le problème, c’est qu’en se concentrant là-dessus, on a créé un faux sentiment de sécurité par rapport au vapotage.

PHOTO JOSE LUIS GONZALEZ, ARCHIVES REUTERS

Le vapotage est considéré comme une avenue attrayante pour les fumeurs qui souhaitent arrêter de consommer du tabac, constate notre éditorialiste.

Partant de là, comment s’étonner que des mineurs et de jeunes adultes n’y voient qu’une activité à la mode ? Ou que des utilisateurs s’approvisionnent en toute confiance dans des marchés parallèles, y compris des produits contenant du THC ou d’autres cannabinoïdes ?

« Le vapotage n’est pas sans risque, et ses possibles effets à long terme ne sont toujours pas connus », a heureusement rappelé Santé Canada dans une mise en garde la semaine dernière. En fouillant sur son site, on trouve toutes sortes d’autres renseignements fort instructifs.

Le Ministère y indique notamment que la nicotine peut non seulement mener à la dépendance chez tous les utilisateurs, mais nuire à la mémoire, à la concentration, au développement cérébral et au contrôle des impulsions chez les jeunes.

Il y souligne aussi la présence de substances chimiques dont la sécurité n’a pas été testée pour l’inhalation, et dont le chauffage peut créer de nouveaux produits chimiques. Sans oublier la présence possible de contaminants comme le nickel, l’étain et l’aluminium, qui peuvent se rendre jusque dans la vapeur.

C’est le genre d’avertissement qui aurait dû être imposé sur les produits dès l’adoption, l’an dernier, de la Loi sur le tabac et les produits de vapotage – dont l’un des objectifs est justement de sensibiliser la population aux dangers de ces produits pour la santé.

Il y a bien un projet de règlement sur l’étiquetage et l’emballage à l’étude, mais les mises en garde sont bien timides.

Les effets sur le système cardiovasculaire et respiratoire ainsi que sur le cerveau des jeunes devraient notamment être ajoutés, réclame la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac.

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« Si les risques pour la santé du vapotage vous préoccupent, songez à ne pas utiliser de produits de vapotage », conseille Santé Canada dans sa mise en garde publiée la semaine dernière.

Comme si le danger venait de l’anxiété des utilisateurs et non des effets inconnus des substances… et, donc, que l’insouciance protégeait de tout !

Absurde ? C’est pourtant l’impression que Santé Canada a contribué à créer à l’égard du vapotage en exigeant si peu de mentions des risques sur les produits.

Il est grand temps de corriger cette perception.

Lisez la page de Santé Canada sur les risques reconnus du vapotage