On peut avoir des doutes quant au bien-fondé d’intégrer l’éducation à la sexualité aux cours d’éthique et culture religieuse, une idée évoquée récemment par le ministre de l’Éducation. On peut en avoir… jusqu’à ce qu’on énumère toutes les autres options.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Expliquer les risques des infections transmises sexuellement pendant les cours de français ? Il est méritoire de savoir si le mot gonorrhée prend un ou deux r, mais l’arrimage serait imparfait.

Parler de consentement dans les cours de mathématiques ou de contraception dans les cours d’histoire ? Ça peut aussi se faire, bien sûr. En revanche, la greffe semble plus naturelle lorsqu’il s’agit d’intégrer ces notions au programme d’éthique et culture religieuse.

Comme le ministre Jean-François Roberge l’a souligné lors d’une entrevue au Devoir, on traite déjà, dans les cours d’ECR, « du savoir-être, des valeurs, du respect de soi, de l’acceptation de l’autre ».

Sans compter que ce programme, a-t-il ajouté avec raison, est mûr pour une révision. Tant parce qu’il a maintenant plus de 10 ans que parce qu’il suscite encore et toujours une intense controverse.

Le moment est donc opportun pour lui faire emprunter un tel virage. Notons d’ailleurs, au passage, que certains enseignants d’ECR ont naguère offert des cours de formation personnelle et sociale, où il y avait un volet sur la sexualité. Preuve qu’on ne compare pas des pommes avec des oranges.

Quant au statu quo, il n’est pas souhaitable, puisqu’il provoque des crispations. Ajouter l’éducation à la sexualité sans prévoir d’aménagement spécifique au sein de la grille-matières était à la base une idée perfectible ; bon nombre d’enseignants ont déjà l’impression qu’ils manquent de temps pour aborder toutes les notions qu’ils doivent inculquer à leurs élèves.

Cela dit, il y avait un réel consensus sur la nécessité de remettre rapidement l’éducation à la sexualité au programme. Dans les circonstances, vous nous permettrez de faire preuve d’indulgence à l’égard du ministère de l’Éducation (à l’époque géré avec doigté par Sébastien Proulx). Il y avait urgence ; on a réagi au quart de tour, tant mieux.

Mais le moment est maintenant venu de faire les ajustements qui s’imposent.

On ne peut que déplorer, comme l’a fait le président de l’Association québécoise en éthique et culture religieuse dans cette section il y a quelques jours, que les principaux intéressés n’aient pas été consultés par le ministre Roberge.

Il n’est toutefois pas trop tard pour bien faire. Ces enseignants devraient être contactés au plus vite.

Il faudra certainement discuter avec eux de la formation qui devrait leur être offerte, le cas échéant. Et les interroger sur la meilleure façon de dépoussiérer le programme d’ECR, notamment sur ce qu’on retirerait pour ajouter de 5 à 15 heures d’éducation à la sexualité chaque année, ou même sur la possibilité d’ajouter du temps, ce qu’ils réclament.

Enfin, il serait important de les rassurer en prouvant que des ressources (sexologues, infirmières, etc.) seront disponibles partout au Québec lorsque des enseignants ne sont pas à l’aise avec certains contenus (parler d’agressions sexuelles est souvent l’exemple cité). Ce n’est pas encore le cas, même si c’est ce qui a été promis par Québec à plusieurs reprises.

Force est d’admettre, par ailleurs, que le débat sur le cours d’ECR est plus large que la simple question de l’éducation à la sexualité. Les fondements mêmes de ce cours sont remis en question depuis… son implantation. On devra, entre autres, impérativement, régler la question du manque de recul critique face aux religions.

Mais avant de le faire, un diagnostic juste s’impose quant à ce qu’on enseigne actuellement. Seul un examen sérieux de ce qui se fait dans les écoles du Québec permettra d’en débattre de façon éclairée et de convenir de l’ampleur des changements à venir.