Un ajustement ministériel, ça ne change pas un gouvernement, mais ça peut tout de même aider un peu. C’est le cas de celui annoncé hier par le premier ministre François Legault.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Il envoie un message fort : la défense du français sera une priorité et elle passe par la francisation. Les deux dossiers relèveront désormais du même ministre : Simon Jolin-Barrette.

Les caquistes n’ont pas toujours été faciles à suivre avec le français. À leurs yeux, le gouvernement Marois allait trop loin, tandis que le gouvernement Couillard était trop timide. Et eux ? Tantôt le rapport sur le français, écrit par leur députée Claire Samson en 2016, avait des allures de bible, tantôt il semblait tabletté. Et en campagne électorale, M. Legault peinait à expliquer en quoi le Québec pourrait forcer les immigrants à suivre un cours de français, puis expulser ceux qui échouent au test (réponse courte : il ne peut pas sans l’appui du fédéral).

M. Legault n’a pas renoncé à ces projets, mais il reconnaît que le Québec doit commencer par faire le ménage dans sa cour. Car avant de forcer quelqu’un à suivre un cours de français, il faudrait commencer par offrir ce cours !

Or, les libéraux ont laissé la francisation dans un triste état. Sous leur règne, les cours ont été éparpillés entre trois ministères qui ne suivaient pas le même programme. L’offre était faible et l’attente était longue. À peine le tiers des nouveaux arrivants allophones s’y inscrivaient et aucun suivi n’était fait avec les autres. Encore pire, en 2016, l’enveloppe a été coupée de 26 %.

C’est par là que le ménage doit commencer.

À leur arrivée, les immigrants cherchent d’abord à survivre et à trouver un emploi. S’ils ne s’inscrivent pas aux cours de français, c’est parce que ces cours manquent, parce qu’ils n’ont pas l’argent pour les suivre à temps plein ou encore parce que la société leur prouve au quotidien que la maîtrise du français n’est pas nécessaire.

M. Legault semble l’avoir compris. Plus tôt cet été, il a augmenté les allocations aux nouveaux arrivants qui suivent des cours. Et maintenant, il centralise le dossier de la langue dans un ministère pour mieux faire le ménage. Il promet aussi de revoir les interactions de l’État avec les nouveaux arrivants allophones afin qu’on ne communique pas avec eux en permanence en anglais.

Comment le gouvernement caquiste s’y prendra-t-il concrètement ? Il manque encore des détails, mais à tout le moins, la volonté est claire. Cela fait du bien à voir.

Il reste toutefois une inquiétude… Tel que le proposait le rapport Samson, le ministre de l’Immigration récupère le dossier de la langue. Or, ce ministre est Simon Jolin-Barrette, celui qui a récemment piloté la réforme chaotique de l’immigration et l’interdiction du port de signes religieux.

PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL

François Legault et son ministre Simon Jolin-Barrette

Même s’il manie la cassette, cela n’a pas empêché le ministre de se montrer parfois arrogant, avec un faible pour la joute partisane. C’est à ce politicien qui s’est attiré la méfiance des nouveaux arrivants qu’on demande maintenant de leur brandir la carotte. La pente à remonter est abrupte. Mais avec un peu de modestie, le dossier pourrait lui permettre de changer son image. Il pourrait en ressortir grandi.

Et ne perdons pas de vue l’essentiel. Hier, le gouvernement Legault a envoyé un signal fort : il veut revenir à l’essence même du nationalisme, la défense du français. Tant mieux, car il n’y a pas de meilleure façon d’intégrer les néo-Québécois que de les aider à apprendre la langue publique commune.