Que Donald Trump fasse les yeux doux à Vladimir Poutine lorsqu’il le rencontre, c’est son choix.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Mais quand le président américain tente de dérouler le tapis rouge à son homologue russe dans le but de le réintégrer au sein du G7, c’est une autre histoire. Ça, c’est de notre ressort.

Alors que les pays du G7 s’apprêtent à se réunir à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, Donald Trump affirme que le temps est venu de renouveler l’adhésion de Moscou à ce groupe de discussion.

Le Canada, en tant que membre du G7, a raison de ne pas vouloir se plier à ce caprice de la part d’un président dont les lubies n’étonnent plus (qu’il se mette en colère parce qu’on refuse de lui vendre le Groenland ou qu’il laisse entendre que le bruit des éoliennes pourrait causer le cancer, entre autres…), mais font de moins en moins rire.

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Rappel : la Russie a été suspendue du G8 en 2014 à la suite de son offensive illégitime en Ukraine ayant mené à l’annexion de la Crimée.

Or, la crise ukrainienne n’a jamais été résolue. Le président russe n’a jamais mis d’eau dans son vin. Il a plutôt continué à se comporter en voyou sur la scène internationale. 

On pense ici, tout particulièrement, aux usines de trolls russes qui attaquent les démocraties occidentales et à l’odieuse tentative d’assassinat en Grande-Bretagne visant un ancien espion russe.

Réintégrer la Russie au sein du G7 voudrait dire non seulement qu’on fait une fleur à Vladimir Poutine, mais aussi, forcément, qu’on courbe l’échine en l’exonérant de tout blâme. Sans rien avoir obtenu en retour.

Si quelqu’un faisait subir à vos amis le traitement réservé par Vladimir Poutine à nos alliés, vous n’envisageriez certainement pas de l’accueillir à bras ouverts. Ce serait illogique.

PHOTO REUTERS

Vladimir Poutine

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Il faut dialoguer avec le régime russe, c’est une évidence. Sur la scène internationale, la Russie est de nouveau un acteur de premier plan. Vladimir Poutine est par conséquent un interlocuteur essentiel dans plusieurs dossiers cruciaux.

Mais il existe de nombreuses façons de parler avec Moscou et il n’est absolument pas nécessaire, pour y parvenir, de passer par le G7.

Ce club sélect regroupe plusieurs grandes puissances économiques qui partagent des valeurs communes. Et si la Russie a pu y entrer à la fin des années 90, c’est parce qu’on pensait à l’époque que cette invitation encouragerait le pays à s’inspirer du modèle des démocraties libérales. Ces rêves ont été enterrés peu après l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, en décembre 1999.

Se rapprocher de la Russie doit demeurer à l’ordre du jour pour les démocraties occidentales. Le président français Emmanuel Macron a d’ailleurs reçu Vladimir Poutine en grande pompe à sa résidence d’été en début de semaine. À cette occasion, il a dit publiquement vouloir « réarrimer » la Russie à l’Europe.

En ce qui concerne le retour éventuel de la Russie au sein du G7, par contre, Emmanuel Macron estime que ce serait prématuré. 

« La condition préalable indispensable est qu’une solution soit trouvée en lien avec l’Ukraine sur la base des accords de Minsk », a-t-il déclaré. Sans cela, ce serait « une erreur stratégique » de réinviter Moscou, a-t-il ajouté.

Hier, à Ottawa, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a fait écho à ces propos. Elle a rappelé que ce qu’a fait la Russie en Ukraine « va absolument à l’encontre de toutes les règles, toutes les valeurs du G7 ».

Elle a raison.

Et c’est pourquoi Donald Trump peut flirter tant qu’il veut avec Moscou… pourvu que cela se fasse à l’extérieur des rencontres du G7.