Alors que la Coalition avenir Québec (CAQ) tient aujourd’hui son grand congrès sur l’environnement, on connaît le plan vert actuel de son chef, François Legault : devenir la batterie propre du nord-est de l’Amérique.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Le premier ministre revient d’une mission à New York et à Washington, où il a essayé de vendre notre hydroélectricité.

En vertu des accords climatiques, chaque gouvernement doit atteindre ses cibles de réduction de gaz à effet de serre. C’est pour cela que nos voisins convoitent notre énergie propre. Tant mieux si le Québec les y aide tout en s’enrichissant. On l’a déjà écrit et on le répète : c’est une formidable idée.

Mais il y a une chose que M. Legault ne dit pas… C’est que ses prédécesseurs le proposaient eux aussi, et aucun ne pensait que cela dispensait le Québec de réduire ses propres émissions.

On l’oublie, mais il y a longtemps que le Québec exporte son hydroélectricité. Comme M. Legault l’a fait cette semaine, Philippe Couillard avait rencontré les promoteurs d’une ligne de transmission reliant le Québec à la Grosse Pomme. Jean Charest avait rencontré à New York le maire Bloomberg pour vendre notre énergie. On peut remonter jusqu’à Robert Bourassa, qui avait négocié entre autres avec le gouverneur de New York de l’époque, Mario Cuomo. M. Legault veut maintenant poursuivre ce travail avec le successeur de M. Cuomo, son fils Andrew.

Pour exporter de l’électricité, il faut un surplus d’énergie, une ligne de transmission pour l’acheminer, et un acheteur (par contrat à long terme ou par transaction immédiate sur le parquet, à la manière de la Bourse).

M. Legault a raison de s’emballer, car les perspectives n’ont jamais été aussi bonnes. Le Québec est en surplus et deux grands projets sont sur la table.

Le premier est pour la Nouvelle-Angleterre. Il y a déjà un acheteur, le Massachusetts, qui a signé un contrat pour 9,45 TWh. Il ne reste qu’à trouver une ligne pour y transporter l’énergie.

Le plan initial, lancé en 2008, était de passer par le New Hampshire (projet Northern Pass). Cette route est presque morte – l’État l’a bloquée et le promoteur fait appel devant la Cour suprême. Le scénario plus plausible est maintenant un nouveau projet de ligne transitant par le Maine, pour lequel les autorisations sont en voie d’être obtenues. Et s’il ne fonctionne pas, il y a un autre plan B, la ligne New England Clean Power Link, qui transitera par le Vermont.

Faire accepter ces lignes n’est jamais simple. L’industrie locale du tourisme s’y oppose souvent, tout comme certains environnementalistes financés par les gazières, qui orchestrent des campagnes de salissage contre Hydro-Québec.

Le deuxième grand projet d’exportation est avec la ville de New York. La mégapole peine à s’approvisionner à partir du nord, à cause de la saturation du réseau de lignes. Elle doit donc s’alimenter au sud et à l’ouest, avec du gaz de schiste et même du mazout lors des canicules et des grands froids. C’est très polluant. Le mois dernier, le maire de Blasio a promis de réduire les émissions de la ville, et il aimerait le faire avec notre hydroélectricité.

La bonne nouvelle, c’est que contrairement au Massachusetts, le projet de ligne pour se rendre à New York a déjà obtenu les autorisations nécessaires. La mauvaise nouvelle, c’est que le contrat d’achat n’est pas encore signé. Il doit être négocié entre Hydro-Québec, New York ainsi que Blackstone, société qui détient les permis pour la ligne de transmission.

Voilà où nous en sommes.

M. Legault se démène pour faire avancer ces projets, et c’est tant mieux. Il rêve même d’aller plus loin, avec des partenariats avec l’Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador pour intégrer nos voisins dans un marché commun de l’énergie. S’il réussit, il aura été visionnaire. Mais l’idée est aussi noble que difficile à vendre politiquement – on n’a qu’à se souvenir de l’achat avorté par Hydro-Québec de sa société sœur du Nouveau-Brunswick, en 2010.

Le chef caquiste songe aussi à augmenter à long terme la production québécoise exportable, avec un nouveau grand barrage. Mais avant de se rendre là, M. Legault devrait commencer par réduire notre consommation, grâce à l’efficacité énergétique.

Et surtout, cela ne le dispense pas d’imiter en même temps le Massachusetts et New York, en adoptant son propre plan vert.

Le Québec a la chance d’abriter des ressources renouvelables. Mais au quotidien, les Québécois, eux, ne sont pas si écologistes.

Cela se voit dans leur utilisation de l’auto, leur aménagement du territoire ou la protection des milieux naturels. Que fera le gouvernement caquiste pour atteindre les cibles internationales d’aires protégées ? Pour cesser de dépenser plus en routes qu’en transports en commun ? Pour réduire notre consommation d’énergie ?

Les résolutions caquistes qui seront débattues aujourd’hui au congrès sont riches en intentions, mais pauvres en détails. Il est question de « bonifier », « appuyer » ou « encourager » les mesures vertes. On y cherche toutefois en vain les cibles, les échéanciers, les budgets et les moyens contraignants pour y arriver. Comment s’y prendra la CAQ ? C’est ce qu’on attend de savoir, de plus en plus impatiemment.