Sortez les tambours et les trompettes, que tombent les pluies de confettis : le projet de loi sur la maternelle 4 ans est sur le point d’être adopté à Québec.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Quoi ? Vous n’êtes pas au comble du bonheur ? C’est à la fois dommage… et compréhensible.

Dommage, parce que des maternelles 4 ans, il nous en faut ! Trop d’enfants au Québec font leur entrée à l’école alors qu’ils sont jugés vulnérables sur le plan du développement.

Dans leur cas, agir tôt est encore plus fondamental. Et faire grimper le nombre de classes de maternelle 4 ans peut y contribuer. Un trop grand nombre de ces enfants ne se retrouvent pas dans les centres de la petite enfance (CPE), où ils pourraient bénéficier de services de qualité.

Cela dit, si vous vous gardez une petite gêne avant d’applaudir, si vous faites partie des Québécois qui s’opposent à la poursuite du développement des maternelles 4 ans (52 %, selon un sondage Léger paru fin septembre), on peut aussi comprendre votre scepticisme. Du moins en raison des circonstances actuelles.

La maternelle 4 ans, ça peut être de l’or en barre pour nos enfants, mais le gouvernement caquiste peine à nous convaincre qu’il procède avec méthode dans ce dossier. Il n’a, pour l’instant, pas de quoi bomber le torse.

Dernier exemple de cafouillage : à la fin du mois de dernier, on a appris que 70 % des enfants inscrits à la maternelle 4 ans fréquentaient déjà, auparavant, un service de garde reconnu. Même que plus de 40 % des enfants étaient issus d’un CPE, a révélé un sondage mené dans la moitié des commissions scolaires du Québec.

Ça démontre qu’on a du mal à rejoindre la clientèle à qui les classes de maternelle 4 ans sont destinées en priorité. L’objectif ultime de l’initiative n’est donc pas atteint.

On va prendre soin de ne pas trop noircir le portrait. Ce n’est pas une catastrophe. C’est normal que certains parents dont les enfants sont en CPE se montrent intéressés par les maternelles 4 ans. Et on peut penser que ceux qui étaient dans d’autres milieux de garde n’avaient pas des services d’aussi bonne qualité que ceux des nouvelles classes de maternelle où ils sont maintenant inscrits.

Il reste qu’on était en droit d’espérer mieux dans ce dossier de la part d’un gouvernement qui fait de l’éducation une priorité, mais qui a du mal à faire accoster son vaisseau amiral.

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Des intervenants d’horizons divers, mais tous en lien avec la petite enfance, se sont réunis à Montréal il y une dizaine de jours. C’était leur deuxième rencontre depuis le début de l’année. Une première avait eu lieu en mars.

Essentiellement, leurs conclusions demeurent les mêmes. Elles n’ont pas changé parce que… Québec n’a pas encore suivi leurs recommandations !

Et ce n’est pas parce qu’elles sont obscures ou complexes. Elles se conçoivent bien et s’énoncent clairement.

Par-dessus tout, il faudrait mettre fin à la gestion en vase clos entre les divers ministères (trois ministres sont concernés : Jean-François Roberge, Lionel Carmant et Mathieu Lacombe) et entre les divers milieux (éducation, santé, services de garde, milieu communautaire et monde municipal).

Parallèlement, il est nécessaire de se doter d’une stratégie qui permettrait d’abord de bien connaître les besoins à la grandeur du Québec et ensuite d’évaluer comment et par qui ils peuvent être comblés le mieux possible. On pourrait en profiter pour créer, suggère-t-on, un « carnet de développement de l’enfant » qui le suivrait tout au long de son parcours, à l’image d’un carnet de santé.

Récapitulons : une vision commune en plus d’une stratégie pour assurer la complémentarité des nombreux services offerts et un suivi des enfants. Ce n’est pourtant pas si compliqué, non ?

Gardons en tête, par ailleurs, l’idée qu’il faut à tout prix trouver un moyen d’offrir des services de qualité aux enfants de moins de 5 ans qui n’en ont pas. Il y en aurait actuellement près de 160 000 qui n’ont accès à aucun service régi par l’État.

« Je pense qu’on a obligation sociétale de se poser la question : pourquoi échappons-nous ces enfants, ceux qui en ont le plus besoin, et qu’est-ce qu’on peut faire ? », a lancé André Lebon, en mai dernier. Actuel vice-président de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, il avait alors présenté en commission parlementaire les résultats de la rencontre où divers acteurs en lien avec la petite enfance avaient élaboré, en mars, un plan d’action.

« On buvait vos paroles », s’est exclamé le député caquiste Mario Asselin à la suite du témoignage de monsieur Lebon. Les élus qui ne l’auraient pas entendu auraient tout avantage à l’écouter.

> Écoutez le témoignage

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Agir tôt, c’est essentiel, mais agir tôt et avoir un plan qui tient la route l’est tout autant !

Le gouvernement a visiblement trop fait primer la quantité (le nombre de classes à ouvrir en l’espace de quatre ans) sur la mise en œuvre des moyens nécessaires pour que les besoins des enfants et de leurs parents soient pourvus.

Il a tout avantage à se ressaisir dans ce dossier. La maternelle 4 ans mérite mieux. Le milieu de la petite enfance aussi, par conséquent. Heureusement, il est loin d’être trop tard pour mieux faire.