L’enquête en vue d’une procédure de destitution contre Donald Trump bat son plein, les républicains peinent à défendre leur président et ce dernier est plus meurtri que jamais.

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Pendant ce temps, les démocrates… nagent en plein désarroi !

Oui, vous avez bien lu ! Du strict point de vue technique, ils devraient être aux anges. Pourtant, en pratique, plusieurs s’arrachent les cheveux, à en croire ce qu’ont rapporté certains médias américains au cours des derniers jours.

La source de leur affolement : ils sont loin d’être certains que les candidats démocrates à la présidence ont ce qu’il faut pour vaincre Donald Trump. En fait, à 12 mois du scrutin, de nombreux démocrates pensent exactement le contraire.

PHOTO SAUL LOEB, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les candidats Bernie Sanders, Joe Biden et Elizabeth Warren lors d’un débat le 15 octobre dernier à Westerville, en Ohio

Le New York Times a fait état des discussions récentes de donateurs influents du Parti démocrate qui se demandaient ouvertement si d’autres candidats renommés pourraient être recrutés sous peu, même si la course est déjà bien entamée.

Les noms de Michelle Obama et d’Hillary Clinton ont été évoqués. Tout comme celui de l’ancien maire de New York Michael Bloomberg ou du sénateur de l’Ohio Sherrod Brown.

Bien sûr, les journalistes font remarquer que les démocrates sont toujours nerveux à quelques mois de la saison des primaires – elle va commencer avec les caucus de l’Iowa au début du mois de février. Mais cette fois, ça semble plus intense.

Le site d’information The Hill, qui se consacre à l’actualité politique américaine, a cité cette semaine à ce sujet un stratège démocrate aux propos particulièrement colorés. Celui-ci expliquait que les démocrates « mouillent leur lit » à chaque course à la direction du parti tant ils sont terrifiés. En revanche, c’est comme si cette année, en plus, « tout le monde avait manifestement bu un gallon de chardonnay avant d’aller au lit ».

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Pour tout dire, ce n’est pas étonnant. Les quatre candidats qui forment actuellement le peloton de tête semblent tous avoir un talon d’Achille. Et parfois même deux !

L’ancien vice-président Joe Biden, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, le sénateur du Vermont Bernie Sanders et le maire de South Bend Pete Buttigieg ont tous des défauts qui sautent aux yeux.

Le seul des candidats à ne pas être septuagénaire (Pete Buttigieg, 37 ans) n’a que peu d’expérience et séduit jusqu’ici surtout les électeurs blancs. Les autres sont parfois critiqués par certains pour leur âge vénérable ou leur santé défaillante.

PHOTO MARY SCHWALM, ASSOCIATED PRESS

Le candidat Pete Buttigieg

Mais ce n’est pas tout. Joe Biden est au centre de l’échiquier politique, ce qui est généralement un gage de succès lors du scrutin présidentiel, mais il a du mal à mobiliser les électeurs démocrates (et ce problème se reflète sur sa campagne de financement, décevante).

À l’inverse, ceux qui suscitent l’engouement des électeurs démocrates (Bernie Sanders et, encore plus, Elizabeth Warren) sont décriés par les démocrates plus centristes. Ils jugent les idées de ces deux prétendants trop progressistes et craignent qu’elles puissent effaroucher les électeurs des États clés, souvent plus modérés.

Bref, aucun candidat ne semble aussi redoutable que Barack Obama à la fin des années 2000 ou que Bill Clinton dans les années 90. Et ça rappelle forcément de mauvais souvenirs aux démocrates. Ceux des courses récentes où aucun des candidats n’a fait rapidement consensus.

Comme en 2004. Le sénateur du Massachusetts John Kerry avait alors été choisi par dépit. Le républicain George W. Bush l’avait ensuite battu même si son pays était en train de s’enliser en Irak.

Le Parti démocrate, il faut le dire, nous a montré au cours des dernières décennies qu’il est capable de se tirer une balle dans le pied avec une certaine virtuosité.

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L’espoir réside peut-être en… Donald Trump. Il a prouvé, avec son élection, que les règles politiques d’antan ont été dynamitées.

Est-ce que ça veut dire, par exemple, qu’Elizabeth Warren ou que Bernie Sanders pourraient triompher même si leurs idées sont plus progressistes que celles de l’Américain moyen, et résisteraient aux assauts des républicains qui vont les dépeindre comme des communistes qui cherchent à détruire l’économie du pays ?

Peut-être bien que oui. Mais ce n’est pas garanti.

Et le problème des démocrates, c’est qu’il est absolument impossible d’en avoir le cœur net avant le jour du scrutin. Sachant qu’un échec de leur candidat à la Maison-Blanche signifierait le triomphe de Donald Trump, c’est tout sauf rassurant.