Il avait raison, James Comey. L’ancien directeur du FBI a été courtisé, intimidé puis congédié par Donald Trump. Il en avait conclu que le président était comme un parrain et que le comportement de son entourage lui faisait penser à une organisation criminelle.

Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Le résumé de la conversation privée entre Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky, diffusé cette semaine, en est une illustration saisissante.

Du début à la fin, le chef d’État américain adopte le comportement d’un intimidateur. Celui d’un « chef mafieux », a résumé le démocrate Adam Schiff, qui préside la commission du renseignement de la Chambre des représentants au Congrès américain.

Le président ukrainien, lui, se conduit comme un lèche-botte de la pire espèce. Il est prêt à tout pour flatter son interlocuteur. Pour lui prouver sa loyauté. Il va jusqu’à raconter que son parti a remporté les élections en s’inspirant « des habiletés et du savoir » de Donald Trump, et précise qu’il logeait à la Trump Tower lors de son plus récent séjour à New York !

Lorsque le président américain lui demande de collaborer avec son avocat (Rudy Giuliani) et son ministre de la Justice (William Barr) pour enquêter notamment sur le fils du démocrate Joe Biden (et donc de s’immiscer dans la course à la Maison-Blanche), Volodymyr Zelensky promet de prendre la chose très au sérieux.

Ahurissant ? En effet. Mais vous en auriez peut-être fait autant si vous aviez été à sa place.

D’entrée de jeu, il était dans une position de faiblesse. De soumission, même. L’Ukraine dépend de l’aide américaine pour sa sécurité nationale. Or, dès le début de la conversation, Donald Trump soutient que Washington en a fait beaucoup pour l’Ukraine, mais que ça n’a pas été « réciproque ». Il décide ensuite de parler des enquêtes qui lui tiennent à cœur et réclame la collaboration du président ukrainien… dès que ce dernier aborde la question de l’équipement militaire américain dont l’Ukraine a besoin.

Le message est clair. De la pression ? C’est l’évidence même !

PHOTO BRENDAN SMIALOWSKI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Donald Trump en juin 2017 à la Maison-Blanche

Adam Schiff, qui joue un rôle de premier plan depuis le début de la procédure de destitution, a bien décrit la dynamique entre les deux hommes. C’est un peu comme si le président américain avait lancé : « C’est un beau pays que vous avez là, ce serait dommage qu’il lui arrive quelque chose. »

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Donald Trump s’est de nouveau comporté en chef mafieux cette semaine, alors qu’il tentait de désamorcer le scandale. Il a laissé entendre que le lanceur d’alerte était un traître. C’est grâce à celui-ci qu’on a pu apprendre l’existence du coup de fil incriminant. Il a agi comme un « espion », a déclaré, jeudi, le président américain.

« Vous savez ce qu’on faisait au bon vieux temps, quand on était malins ? Les espions et la trahison, on traitait ça un peu différemment d’aujourd’hui », a-t-il lancé.

Le message était clair : ceux qui osent dénoncer les errements du président seront sévèrement punis.

Le jour même, le Congrès américain avait publié la lettre du lanceur d’alerte. On y montre Donald Trump du doigt, bien sûr, mais aussi son entourage. Si l’on se fie aux allégations contenues dans ce document, certains proches du président feraient tout pour leur chef. Même mentir et tricher.

Ils auraient, selon le récit du lanceur d’alerte, immédiatement été troublés par le coup de fil. Ils n’ont pourtant pas sonné l’alarme. Ils auraient plutôt cherché à étouffer le scandale potentiel en mettant le résumé de l’appel à l’abri sur un serveur réservé aux contenus classifiés ou sensibles plutôt que sur le système informatique normal, auquel ont accès les membres du cabinet.

Et ce n’était pas la première fois qu’ils agissaient de cette façon, s’est fait dire le lanceur d’alerte.

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Le problème avec ce mode de fonctionnement, c’est que peu importe si Donald Trump commet des abus de pouvoir grossiers, peu importe s’il fait primer ses intérêts personnels avant ceux de son pays, peu importe s’il met à mal la sécurité nationale des États-Unis, ses plus grands alliés vont toujours le protéger contre lui-même. Le défendre bec et ongles. Et l’absoudre.

Jusqu’ici, c’est ce que font la plupart des républicains à Washington. Et ils reflètent l’attitude de leurs partisans. 

Peu importe ce que Donald Trump a pu faire depuis son arrivée à la Maison-Blanche, 90 % des électeurs républicains le soutiennent généralement avec enthousiasme.

Et comme ce sont les républicains qui auront le mot de la fin quant à la procédure de destitution, puisqu’ils sont majoritaires au Sénat, il y a de fortes chances que Donald Trump soit blanchi.

À moins que les républicains n’effectuent un virage à 180 degrés et qu’ils décident, comme le leur a suggéré hier la démocrate Nancy Pelosi, de faire passer leur pays avant leur parti…

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