Au lendemain de l’annonce de la démission du gouverneur de Porto Rico, Ricardo Rosselló, qui entrera en vigueur vendredi, les réseaux sociaux se sont enflammés : « Ricky Martin renverse le gouvernement de Porto Rico » !

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

Bien sûr, le chanteur de Livin’ la Vida Loca n’a pas eu la tête du jeune politicien élu en 2016 à lui seul. C’est plutôt le ras-le-bol d’un peuple face à une série de scandales graves mêlant corruption, malversation de fonds publics et une gestion catastrophique de l’ouragan Maria. Or, le dernier scandale qui a eu raison de Rosselló a été la publication des « Rickyleaks », une série de messages homophobes et misogynes du gouverneur avec sa garde rapprochée.

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Le chanteur vedette Ricky Martin et, à l’arrière-plan, le rappeur Residente lors de la manifestation du 22 juillet

Parmi les personnalités nationales ciblées par ces insultes, on retrouve le chanteur populaire et ouvertement homosexuel. Cela explique sans doute pourquoi Ricky Martin s’est impliqué autant dans les protestations.

La star d’Amérique latine a ouvert le cortège de la manifestation monstre à San Juan, le 22 juillet. Depuis, il est devenu le porte-parole et le symbole de la révolte portoricaine. Or, Martin n’est pas le seul artiste d’origine portoricaine à avoir exprimé haut et fort son mécontentement. Pour mieux canaliser la colère de tout un peuple, il y a aussi Luis Fonsi et Daddy Yankee, le duo créateur du tube de l’été 2017 Despacito ; les rappeurs Residente et Bad Bunny ; l’auteur d’Hamilton, Lin-Manuel Miranda, un New-Yorkais d’origine portoricaine.

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Les rappeurs Residente et Bad Bunny

Révolte pacifique

Vendredi sur Instagram, les yeux rougis et les traits tirés par « une semaine en montagnes russes d’émotions », Ricky Martin a publié un message pour féliciter ses compatriotes : « Porto Rico, on a réussi ! Et on l’a fait sans armes ni violence, comme Gandhi. »

La comparaison avec Gandhi est forte en café, je vous l’accorde. Toutefois, en moins de deux semaines au milieu de l’été, des centaines de milliers de Portoricains ont réussi à exprimer leur frustration politique et à déloger le chef de leur gouvernement sans cassure. Le peuple a eu raison d’un dirigeant arrogant, élitiste, machiavélique, un homme qui se croyait intouchable. Et ce, en protestant dans une atmosphère de carnaval tropical.

Dans cet archipel des Caraïbes, surnommé le 51e État (non officiel) des États-Unis, les opposants au gouverneur ont fait preuve d’un bel élan créatif et artistique, affichant leur fierté culturelle autant que leur indignation politique. La voix des vedettes s’est mêlée à la colère de la rue pour devenir un mouvement de contestation globale et unie dans l’espoir d’un avenir meilleur.

Si ce « coup d’État » a été pacifique, il a aussi été musical et artistique. Les opposants ont fait preuve d’imagination et de créativité, manifestant en kayak de mer ou se filmant en tenue de plongée, sous l’eau, avec des pancartes. On a protesté durant des mariages, des séances de yoga, des chorégraphies, des prestations. On a fait des concerts de casseroles dans les rues et on a dansé au rythme du reggaeton et de la bomba.

Il y a des centaines d’exemples sur Twitter. Et pas la moindre trace de vitrines fracassées ni d’incendies ou de voitures renversées. Cette « révolution » portoricaine ressemble à un croisement entre le printemps érable, le défilé de la Fierté et la Carifiesta !

Comme quoi un mouvement de citoyens peut aussi manifester sa colère dans la joie, la chaleur et la fierté. Et que les révolutions peuvent être efficaces et pacifiques.