Des employés qui maltraitent des patients extrêmement vulnérables et intimident leurs collègues qui s’y opposent durant des mois, voire des années : c’est une situation absolument cauchemardesque qui nous a été révélée à Laval la semaine dernière. 

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

Le ménage semble maintenant bien entamé à la résidence Louise-Vachon. Mais comment se fait-il que la direction n’ait rien vu et ait laissé la situation pourrir de la sorte ? Étrangement, personne ne veut se poser la question dans le réseau. Ça mérite pourtant une enquête !

Des patients qui auraient été rudoyés et, même, provoqués dans le but de déclencher une crise… Des employés qui auraient reçu des appels menaçants et vu leurs pneus crevés… Le climat de terreur qui régnait à la résidence Louise-Vachon dépasse l’entendement.

Le congédiement de neuf employés annoncé la semaine dernière et les accusations criminelles portées contre trois d’entre eux le mois précédent ont heureusement crevé l’abcès. Des éléments de l’enquête interne menée par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, dont relève la résidence, pourraient aussi être transférés à la police ultérieurement.

L’enquête administrative n’a cependant pas pu remonter avant la première lettre de dénonciation anonyme, reçue en janvier 2018, reconnaît le CISSS. Mais comment se fait-il que les gestionnaires n’aient rien vu avant ? Rappelons qu’on ne parle pas d’un cas isolé qui serait passé sous le radar. Sur la quarantaine d’assistants en réadaptation que compte l’unité, neuf ont eu un comportement assez répréhensible pour être congédiés, soit plus d’un sur cinq.

Or, ni le CISSS de Laval ni le bureau de la ministre de la Santé, Danielle McCann, ne prévoient enquêter sur les circonstances ayant permis que la situation dégénère à ce point.

Ce qui se tramait entre les murs de cette résidence n’était pourtant pas banal. Le PDG du CISSS parle carrément d’une « omerta » qui empêchait les bons employés de dénoncer leurs collègues. Personne n’a voulu parler, même à la police, après les lettres anonymes reçues l’an dernier, relate le CISSS. Il a fallu un signalement à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), qui a ramené la police dans le dossier, pour que les langues se délient.

Sauf que les mauvais traitements dénoncés en janvier 2018 n’ont sûrement pas commencé le mois précédent.

Un groupe d’employés ne peut pas imposer sa loi du jour au lendemain. Ça prend un milieu propice où il peut s’implanter tranquillement sans être dérangé.

La responsabilité des dirigeants actuels n’est pas en cause, c’est vrai. Le PDG du CISSS est arrivé en février dernier et sa PDG adjointe le mois suivant. Et le gouvernement Legault n’était pas au pouvoir quand le CISSS dit avoir reçu sa première lettre anonyme, début 2018. Mais avant ? Aucun cadre n’a jamais rien remarqué ? Et si c’est vrai, comment justifier ça ?

Le roulement de personnel est une constante dans le réseau. Il ne devrait pas servir de prétexte pour passer l’éponge et envoyer le message que personne, pas même le système, n’est responsable de quoi que ce soit.

Trois travailleurs sont accusés de voies de fait et deux d’entre eux d’agression armée. Ils seront bientôt de retour en cour où ils auront à répondre de leurs actes. Mais qui répondra de la facilité avec laquelle ils ont pu les commettre ?