La messe est dite. La première sortie publique de Robert Mueller depuis le dépôt de son rapport aura aussi été sa dernière. Le document, a-t-il dit cette semaine, « parle de lui-même ».

Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Le procureur indépendant semble néanmoins avoir voulu, de vive voix, établir clairement une chose : non, Donald Trump n’est pas exonéré de tout blâme.

C’est ce que le président et ses acolytes ont tenté de faire croire depuis la remise du rapport au ministre de la Justice William Barr, en mars ; c’est tout simplement une autre entourloupette du clan Trump.

Les conclusions de Robert Mueller en la matière se résument aisément. Si Donald Trump n’a pas été inculpé quant aux soupçons d’entrave à la justice, c’est parce que le procureur indépendant s’est fié à l’avis du ministère de la Justice, selon lequel un président en exercice « ne peut être poursuivi pour une infraction fédérale tant qu’il est en fonction ». Point à la ligne !

Robert Mueller a d’ailleurs tenu à expliquer ce qui est écrit noir sur blanc dans son rapport, mais qui n’avait pas eu jusqu’ici assez de retentissement : s’il avait eu « la conviction » que Donald Trump n’a pas commis de crime, il l’aurait fait savoir de façon explicite.

En fait, en lisant son rapport, on se rend compte que le dossier est plutôt étoffé quant aux gestes du président qui pourraient être interprétés comme des tentatives d’entrave à la justice. Ses nombreux efforts pour faire cesser l’enquête de Robert Mueller, par exemple. Ou ceux visant à faire comprendre à son ancien directeur de campagne, Paul Manafort, qu’il pourrait éventuellement être gracié s’il tenait sa langue.

Et que dire de ses pressions sur l’ancien directeur du FBI, James Comey, qu’il a fini par congédier ? Ou encore de ses mensonges sur ses liens avec la Russie ?

Cela dit, selon l’opinion – controversée et contestée – du procureur indépendant, il y a une seule et unique façon de juger un président, c’est par l’entremise d’une procédure de destitution.

Les juristes n’ont pas tous le même avis à ce sujet. Mais le fait est que leurs débats importent peu, désormais. On ne peut pas revenir en arrière. La balle est maintenant dans le camp des démocrates. Plus précisément des élus de ce parti qui siègent à la Chambre des représentants à Washington. C’est là qu’une procédure de destitution peut être enclenchée.

C’est non seulement la suite logique du processus qui a été lancé il y a deux ans lorsque le ministère de la Justice a nommé un procureur indépendant, mais c’est ce que dicte la Constitution. On y explique clairement qu’il peut y avoir destitution après « mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres hauts crimes et délits ».

Le problème – et il est de taille – est que ça risque d’avoir l’effet inverse de ce qui est escompté.

D’abord, cette solution politique ne permettrait pas la destitution de Donald Trump, car au bout du compte, c’est le Sénat américain qui doit trancher si le président est coupable ou non. Et ce sont les républicains qui le contrôlent. Ils ne vont pas se tirer dans le pied.

Ensuite, il est presque certain que Donald Trump arriverait à se dépeindre en victime et à tourner la situation à son avantage. Ce qui signifie que tenter de destituer le président républicain pourrait… lui permettre d’être réélu plus facilement.

Même que le Parti républicain aurait de meilleures chances de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants lors du prochain scrutin, car il y a fort à parier que plusieurs électeurs voudraient punir les démocrates qui auraient déclenché une telle crise politique.

D’une certaine façon, ce n’est pas le président qui est piégé à l’issue de l’enquête de Robert Mueller, mais plutôt les démocrates. C’est tristement paradoxal…

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