On semble avoir pris la mesure, à Québec, de tout le travail qui doit être fait pour qu’une tragédie comme celle de Granby ne se reproduise pas.

Alexandre Sirois
Alexandre Sirois La Presse

Il y aura, d’abord, une série d’enquêtes sur la mort de la fillette de 7 ans. À celles qui avaient été annoncées mercredi s’est ajoutée hier une enquête publique du coroner. Parallèlement, le directeur de la protection de la jeunesse de l’Estrie a été suspendu (avec salaire) à la demande du premier ministre.

Mais François Legault a aussi promis d’« aller plus loin ».

Sans révéler précisément ce qu’il a en tête, il a dit vouloir mettre de l’avant un exercice de réflexion non partisan sur la situation des enfants au Québec. Dans la lignée, en quelque sorte, de la commission sur la question de mourir dans la dignité. Sa proposition a été accueillie, avec raison, par des applaudissements nourris à l’Assemblée nationale.

On dit que ce sont les crises qui révèlent véritablement les leaders et, hier, François Legault a confirmé ce qu’on avait déjà été tenté de conclure depuis le début des inondations : il sait faire preuve du sang-froid et du jugement qui sont salutaires dans ces moments cruciaux.

Mais si son leadership actuel est fondamental, c’est à moyen terme qu’il prendra toute son importance.

Il est essentiel de définir et de régler des problèmes qui vont au-delà de cette tragédie particulière, c’est vrai. Or, on n’y arrivera pas sans déployer des efforts considérables.

***

Faire la lumière sur la tragédie est primordial. On veut savoir comment il est possible que tant d’acteurs n’aient pas su détecter les nombreux signes du drame qui se profilait et qui, a posteriori, nous paraissent si évidents. La DPJ, l’école (d’où la petite fille avait été retirée), le tribunal (la belle-mère a obtenu une absolution inconditionnelle après avoir été reconnue coupable de voies de fait sur cette enfant l’an dernier) et jusqu’à un certain point la communauté dans son ensemble.

Mais que cet horrible drame soit lié directement ou indirectement aux nombreux problèmes du réseau créé pour protéger nos jeunes ne change rien au fait qu’on a trop longtemps fermé les yeux sur ses ratés. Ni au fait que l’heure est venue d’y remédier. Dès maintenant.

Pas besoin d’attendre les conclusions des multiples enquêtes évoquées pour comprendre que certains enfants, au Québec, ne sont pas assez bien protégés. Que leur bien-être est menacé. Que le système actuel fait preuve, à leur égard, de négligence.

En ce sens, il y a d’autres questions, d’ordre plus général, auxquelles nous sommes en droit d’exiger des réponses. Parce qu’on sait très bien qu’on tolère l’intolérable depuis trop longtemps en matière de services de protection de la jeunesse.

On tolère par exemple que la liste des enfants en attente d’évaluation par la DPJ dépasse les 3000 noms, comme l’a révélé en janvier la journaliste Katia Gagnon.

On tolère la pression indue mise sur les intervenants qui ont, par conséquent, moins de temps à consacrer aux évaluations des capacités parentales. On tolère aussi le fait que ces évaluations se font de moins en moins sur la base de l’observation des interactions entre le parent et l’enfant et de plus en plus par l’entremise de questionnaires, comme le déplorent certains experts. On tolère donc, forcément, que le soutien offert aux familles soit déficient.

Et on tolère par-dessus tout que la pénurie de personnel qualifié, parfois jumelée à une pénurie de familles d’accueil, accentue tous les problèmes qu’on vient d’énumérer.

À ces considérations s’ajoute une question encore plus épineuse : ne faudrait-il pas se demander si le désir de privilégier le maintien de l’enfant dans son milieu familial entre, dans certains cas, en contradiction avec l’intérêt supérieur de l’enfant ?

Ne prenons pas prématurément une décision à ce sujet basée sur des émotions. En revanche, on ne devrait pas s’abstenir d’y réfléchir.

***

Il est tragique d’avoir dû attendre un tel drame pour que les colonnes du temple soient ébranlées et pour qu’on promette enfin d’agir avec fermeté. Mais il serait encore plus tragique de s’indigner sans faire des gestes significatifs pour que ça change.

« J’espère qu’elle ne sera pas morte pour rien », a lancé la grand-mère paternelle de la fillette. Tenter d’exaucer ce souhait devrait aller de soi. En ce sens, l’objectif qui doit orienter les débats et les réflexions à venir est simple. Il tient en trois mots : plus jamais ça.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion