Si Montréal veut s'illustrer sur la scène internationale, il doit miser sur sa créativité. C'est le message qu'a lancé Gilbert Rozon, la semaine dernière, dans le cadre d'un colloque sur la gouvernance culturelle.

Selon lui, on ne s'autoproclame pas métropole culturelle du jour au lendemain. Montréal n'est pas dans les mêmes ligues que Paris, Londres, New York et même Las Vegas.

 

Toutefois, Montréal possède une force qui est déjà reconnue sur la scène internationale, son nombre impressionnant de créateurs: le Cirque du Soleil, Céline Dion, Arcade Fire, le Festival de Jazz, le festival Fringe, La Licorne, le TNM n'en sont que quelques exemples... La liste entière pourrait facilement remplir plusieurs pages de votre journal.

C'est sur ce talent, ainsi que sur la qualité de nos infrastructures culturelles (impressionnante pour une ville de la taille de Montréal) que la ville doit construire.

La créativité, c'est la marque, le branding (pour reprendre une expression à la mode) que la métropole québécoise doit mettre en valeur.

Cette sortie du grand manitou de l'humour au Québec ne pouvait pas mieux tomber. En effet, quelques jours après son intervention, on apprenait la disparition possible du Grand Prix du Canada. Ce qui a toutes les apparences d'une tuile n'en est peut-être pas une. La disparition de la Formule 1 pourrait au contraire représenter un tournant décisif dans le développement de Montréal. Une occasion de prendre encore plus rapidement le virage de la créativité tel que suggéré par Gilbert Rozon.

Sa réflexion s'inscrit tout à fait dans la lignée des thèses de l'Américain Richard Florida et du Britannique Charles Landry, deux gourous de la thèse des villes créatives. Depuis une dizaine d'années, bon nombre de villes dans le monde ont choisi cette voie pour se développer. Qu'on pense à Édimbourg, Barcelone, Santa Fe et, plus récemment, Toronto.

Dans le cas de Montréal, les conditions de la réussite sont réunies: c'est une ville ouverte, tolérante, universitaire donc jeune, abordable sur le plan financier. C'est également un pôle d'attraction pour les esprits créatifs. Ne reste plus qu'à bâtir sur ces fondations.

Gilbert Rozon va plus loin encore et rêve d'un brainstorming de VIP de la culture, une consultation auprès des grands cerveaux créatifs québécois - les Laliberté, Lepage, Langlois, etc. - afin de réunir les meilleures idées possible sur quelques pages qu'il pourrait ensuite remettre au maire de Montréal.

L'idée est intéressante, mais à certaines conditions.

S'il faut refaire un autre brassage d'idées (puisqu'il y a déjà eu les Rendez-vous de novembre 2007), il devra être circonscrit dans le temps. Fixons une échéance très serrée: trois mois, six mois maximum.

Ensuite, concentrons-nous sur quelques idées maîtresses. Le plan d'action de Montréal, métropole culturelle, aussi intéressant soit-il, ratisse très large. Peut-être trop. La démarche de Rozon viendrait en quelque sorte préciser le tir.

Enfin, n'hésitons pas à sortir des sentiers battus, à consulter des gens qui se situent à l'extérieur du cénacle habituel et qui sont reconnus pour penser à l'extérieur du cadre... Que pensent les créatifs de Sid Lee, cette agence de publicité non conventionnelle? Allons sonder les artisans du magazine Urbania, les chefs Martin Picard et Normand Laprise, les fondateurs de l'ATSA ou encore, la mécène Phoebe Greenberg.

Gilbert Rozon a raison de dire que tous les ingrédients sont réunis. Maintenant, il est grand temps que le gâteau lève.