Les milliers d'automobilistes qui ont emprunté le pont Champlain hier matin n'étaient pas tous rassurés. Et pour cause. Un reportage présenté au Téléjournal de Radio-Canada, lundi soir, a révélé le piètre état du pont le plus achalandé au Canada.

Nathalie Collard

Il y a des choses qui se voient à l'oeil nu: la corrosion des armatures, par exemple.

Par contre, il y a plusieurs signes de détérioration que les automobilistes ne soupçonnent pas. Comme cet énorme trou d'un mètre de long dans une des poutres du pont, trou que les téléspectateurs ont eu le loisir d'admirer lundi soir. Rien de très rassurant.

La Société des ponts fédéraux a confirmé à Radio-Canada qu'un ingénieur avait recommandé de fermer la voie où se trouvait le trou mais qu'elle ne l'avait pas écouté. Selon elle, il n'y a pas de danger.

Plusieurs études sur l'état de santé du pont Champlain ont été réalisées au cours des dernières années. En gros, elles disent à peu près la même chose: le pont est mal en point.

Certaines parties de la structure seraient dans un état «acceptable», d'autres sections sont carrément inquiétantes. Deux scénarios sont envisagés: réparer ou reconstruire.

Le ministre des Transports, Lawrence Cannon, a déjà déclaré qu'il souhaitait un nouveau pont Champlain mais le premier ministre avait tempéré ses propos rapidement, affirmant que rien n'avait été décidé.

Difficile d'avoir l'heure juste dans ce dossier. Tout le monde s'entend toutefois sur un point: il faut faire quelque chose.

Depuis la présentation du reportage, le ministère des Transports, le bureau du ministre Cannon et la Société des ponts fédéraux se renvoient la balle et refusent de rendre publiques les études en question.

Si l'objectif est d'éveiller les soupçons et d'inquiéter la population, c'est une bonne stratégie.

Les plus anxieux imaginent déjà des portions du pont englouties dans le fleuve Saint-Laurent alors que les plus pessimistes entrevoient avec horreur le cauchemar quotidien que serait l'aller-retour entre Montréal et la Rive-Sud si on devait fermer le pont.

Le ministre des Transports doit rendre public le contenu des études.

Mardi, le premier ministre, Stephen Harper, a déclaré «si le pont Champlain n'était pas sécuritaire, on l'aurait fermé». Même son de cloche à la Société des ponts qui assure que les voyageurs peuvent l'emprunter l'esprit tranquille. Soit. Le problème c'est que, depuis l'effondrement du viaduc de la Concorde, le niveau de confiance des Québécois à l'endroit des infrastructures routières a chuté. L'état piteux de l'échangeur Turcot, rendu public récemment, n'a rien fait pour améliorer les choses. En refusant de dévoiler le contenu des études sur le pont Champlain, le ministre des Transports alimente une méfiance qui a sa raison d'être.

Ce pont n'est pas une infrastructure comme les autres. Environ 57 millions d'automobilistes le traversent chaque année. Ils ont droit d'être informés.

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