Des gilets de sauvetage en or. C'est ce que le Trésor américain vient de lancer à ses deux géants du crédit hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, pour leur maintenir la tête hors de l'eau. Les marchés se réjouissent, mais les effets bénéfiques sur l'ensemble de l'économie restent à voir.

Beaucoup d'Américains ont grogné en apprenant que l'argent de leurs impôts allait servir à racheter les excès de ces deux sociétés financières, mais Washington n'avait pas le choix. Fannie et Freddie détiennent ou garantissent près de la moitié des prêts hypothécaires résidentiels aux États-Unis et leurs titres de dettes sont détenus par plusieurs banques centrales. Laisser ces acteurs-clés perdre pied aurait jeté beaucoup trop de monde dans la tourmente. Le scénario était d'autant plus impensable que les marchés ont toujours tenu le soutien de l'État pour acquis, non sans raison. Les deux firmes ont beau être cotées en Bourse, ce sont d'abord des GSE (government-sponsored enterprises), des entreprises créées et commanditées par le gouvernement américain.

Le Trésor est prêt à acheter jusqu'à 100 milliards de dollars d'actions de chacune des sociétés et à avancer des liquidités supplémentaires au besoin. Le gilet de sauvetage, cependant, a tout d'une camisole de force. Les chefs de la direction ont dû céder leurs sièges à des routiers de la finance choisis par Washington, qui recevra des bons de souscription lui donnant le droit d'acquérir presque 80% de chacune des sociétés. Les nouvelles actions privilégiées qui lui seront émises auront préséance sur tous les autres. Les actionnaires de Fannie et Freddie ont accusé le coup hier - les titres ont perdu respectivement 90% et 83% de leur valeur dans la journée. Mais dans l'ensemble, les marchés américains, asiatiques et européens ont réagi avec enthousiasme, visiblement soulagés de voir se dissiper l'incertitude.

Les consommateurs américains devraient être les prochains bénéficiaires de cette intervention puisqu'on s'attend à ce que les taux d'intérêt hypothécaires diminuent au cours des prochains mois. Une très bonne nouvelle pour les acheteurs potentiels qui ont un bon dossier de crédit ou pour les propriétaires à la veille renouveler leur prêt. Toutefois, il ne faut pas s'attendre à ce que le marché de l'immobilier rebondisse du jour au lendemain. Avec la montée du chômage et le spectre de la récession, il ne serait pas étonnant qu'il s'affaisse encore avant de se redresser.

Difficile donc de prédire l'effet de cette opération de sauvetage sur l'économie américaine - et à plus forte raison sur la nôtre. Une seule chose est sûre: le naufrage de Fannie et Freddie aurait eu des conséquences désastreuses, aussi bien aux États-Unis qu'à l'étranger. Le pire est évité pour l'instant, reste à voir combien de temps l'embellie se fera attendre.