On ne sait pas encore avec certitude si les célébrations du 400e anniversaire de Québec seront le succès espéré, quoique les premiers éléments de la programmation montent que c'est extrêmement bien parti. Comme en fait foi le spectaculaire Moulin à images, la projection sur les silos à grains de la Bungie d'une fresque historique de la ville conçue par le dramaturge Robert Lepage.

Mais les célébrations de cet anniveraire n'avaient pas seulement pour but d'amuser et de distraire pendant quelques mois les gens de Québec et leurs invités. Ces fêtes devaient aussi servir de levier, pour donner un élan nouveau à la ville, pour la mettre encore plus sur la « mappe ». À cet égard, la capitale a déjà enregistré un succès retentissant et peut-être inespéré.

L'amorce de ces célébrations semble en effet avoir permis à Montréal de découvrir sa capitale qu'elle connaît mal, de briser le mur de l'indifférence de Montréalais dont la connaissance de Québec se limite trop souvent à de lointains souvenirs adolescents de carnavals arrosés.

On l'a vu depuis quelques jours dans les médias, non seulement découvrent-ils avec retard que Québec est l'une des plus belles villes d'Amérique, mais il constatent aussi à quel point celle-ci a changé, à quel point ses traditions d'urbanisme ont de quoi les rendre jaloux.

Ce qui est ironique, c'est que ces transformations n'ont rien de nouveau. Ça fait presque un quart de siècle que ce processus est en marche, que la ville se transforme, s'embellit. Derrière cette métamorphose, on retrouve un homme, Jean-Paul L'Allier, ancien ministre libéral, qui fut maire de la ville pendant quatre mandats. C'est également le maire L'Allier qui a voulu ces fêtes du 400e, qui leur a donné leur esprit et leur élan, qui les a rendues possibles.

Il faut dire, qu'au point de départ, Québec disposait d'un avantage sur lequel la plupart des centres urbains ne peuvent pas compter. C'est une ville patrimoniale, à la richesse historique remarquable. Voilà un solide point de départ. Mais au lieu de s'asseoir sur ses lauriers, Québec et son maire ont choisi de faire plus et mieux. Avec une philosophie du développement urbain, et aussi avec le talent politique de Jean-Paul L'Allier qui a su poser des gestes forts et structurants.

Cette conception de la ville repose certainement sur la conscience de l'importance du patrimoine et sur le désir de s'en servir comme levier. Pour le tourisme, bien sûr, mais aussi comme outil pour diversifier l'économie, pour réduire la dépendance face aux activités gouvernementales, pour miser sur les industries du savoir. Ce qu'on a vu à l'oeuvre, c'est l'interaction entre l'aménagement urbain, la qualité de la vie, la culture, et l'économie. La beauté au service de l'économie, et l'économie au service de la beauté.

Mais la philosophie de suffit pas. Et le maire L'Allier a pris des risques pour lancer le mouvement. Pour redonner vie au quartier St-Roch, l'ancien centre commercial décrépit, il a transformé à grands frais un parking hideux en parc, un geste qui a sucité bien des critiques, mais qui a donné le coup d'envoi, convaincu entreprises et institutions de s'y établir. Il a également démoli le toît qui recouvrait la rue St-Joseph, une tentative ratée de mail urbain, redonnant ainsi vie à une artère importante. Ce vent de transformation s'est étendu à l'ensemble du vieux-port. Il a aussi débarrassé la ville des bouts d'autoroute qui défiguraient son centre.

Le maire n'était pas seul. Il a pu compter sur une institution, et sur des fonds publics, avec la Commission de la capitale nationale, que Jacques Parizeau avait créée pour préparer la capitale de l'État souverain. Cet organisme est devenu le lieu de réflexion et d'action dans cette entreprise d'amélioration et d'embellissement.

Les célébrations du 400e ont donné un nouvel élan à ce processus. De la même façon que les fêtes du 300e ont laissé les Plaines d'Abraham, celles du 400e auront redonné le fleuve aux Québécois, avec l'aménagement de la promenade Samuel-de-Champlain, celui du bassin Louise dans le vieux-port et la création d'une plage dans la Baie de Beauport. Québec s'affirme ainsi encore plus comme une ville fluviale, ce que Montréal, pourtant une île, n'a jamais réussi.

En fait, bien plus d'argent aura été injecté dans l'aménagement urbain que dans les fêtes proprement dites. Et c'est bien ainsi. Les fêtes sont importantes, elle suscitent de la fierté et de la cohésion, mais dans cent ans, pour le 500e, ce dont on se souviendra, ce sont les traces tangibles et durables qu'elles auront laissées.